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Jour de grève à Barcelone après une nouvelle nuit chaude: "Nous venons d'assister à la première confrontation entre la police et les manifestants"

Jour de grève à Barcelone après une nouvelle nuit chaude:
© RTLinfo

Barcelone a vécu de nouvelles tensions cette nuit, au quatrième jour de la mobilisation des indépendantistes catalans contre la condamnation de leurs dirigeants par la justice espagnole. Ce vendredi, un jour de grève a été proclamé en Catalogne. Nos envoyés spéciaux à Barcelone, Jean-Pierre Martin et Gilles Gengler, couvrent les actions. Suivez notre direct.

15h30 : Les manifestants partis des autres villes pour rejoindre Barcelone arrivent dans la capitale.

13h05 - La manifestation géante se prépare dans les rues de Barcelone où se trouvent nos envoyés spéciaux. La crainte est vive de voir de nouveaux affrontements violents entre les indépendantistes et les forces de l'ordre. "Nous venons d'ailleurs d'assister à la première confrontation entre la police et les manifestants. Ils ont essayé de bloquer l'accès à l'aéroport de Barcelone", affirme notre journaliste Jean-Pierre Martin dans le RTLinfo 13h. "Ce sont des milliers de manifestants, surtout des jeunes, qui se sont rassemblés dans le sud de la ville. Tous vont converger vers la Plaça de Catalunya où un rassemblement est prévu à 17h pour montrer la puissance de ce mouvement. C'est également une journée de grève générale aujourd'hui. Des manifestants ont notamment obligé des commerçants à fermer leurs volets".

12h00 - Nos journalistes ont interrogé un des manifestants : "Nous voulons notre langue et notre indépendance. Nous sommes républicains. La couronne, au 21ème siècle, même si en Belgique vous en avez une, on n’en veut pas. On ne veut pas de monarchie. On ne veut pas d’un État fasciste. On est un peuple antifasciste. Nous sommes fermement déterminés. Nous allons y aller, y aller, y aller tout le temps", assure-t-il.

11h24 - Le Clasico Barça-Real du 26/10 est reportécompte tenu de la crise en Catalogne. C'est la fédération de football qui l'annonce ce vendredi. 

11h15 - Une grève générale en protestation contre les peines de prison prononcées par la Cour suprême espagnole contre neuf dirigeants séparatistes a débuté vendredi en Catalogne. Des dizaines de vols, opérés principalement par les compagnies aériennes Iberia et Vueling, ont été annulés à l'aéroport El Prat de Barcelone.

10h30 - Nos journalistes ont rencontré Grégoire Gathem, jeune professeur belge à l'université de Barcelone. Il explique l’organisation des groupes radicaux extrémistes et "l’endoctrinement" par l’éducation des jeunes générations de catalans". "On fabrique des générations avec un seul but: l'indépendance de la Catalogne", assure-t-il. 

9h10 - La frontière routière entre l'Espagne et la France était "coupée dans les deux sens" par des manifestants indépendantistes catalans au cinquième jour de la mobilisation contre la condamnation de leur dirigeants par la justice espagnole, a indiqué vendredi matin le gouvernement espagnol.

Déroulé de la journée d'hier, jeudi :

Barcelone vivait de nouvelles tensions dans la nuit de jeudi à vendredi, au quatrième jour de la mobilisation des indépendantistes catalans contre la condamnation de leurs dirigeants par la justice espagnole.

Peu avant 20h30 hier, beaucoup de jeunes ont commencé à rentrer chez eux. "Il ne va rester que le noyau dur. Jusqu'ici en tout cas, tout a été très pacifique, sans débordement. Il y a même eu des condamnations des actes de violences perpétrés précédemment", a confié Jean-Pierre Martin.

Sur place, nos envoyés spéciaux ont rencontré Sarah. "Comme vous pouvez le voir, les manifestants sont pacifiques au début, confirme-t-elle, mais après, la police arrive, nous frappe et on doit utiliser poubelles et autres pour éviter ça. Brûler les conteneurs, ce ne sont pas des violences, mais être frappé, ça l'est."

Sarah continue: "Je ne me sens pas Espagnole, parce que mes parents sont des immigrants, mais je ne me sens pas Catalane quand même. Je ne suis pas anti-Catalan ni anti-Espagnol, mais plutôt contre l'Etat espagnol, le gouvernement" Si elle est là, c'est pour "changer la sentence, améliorer la situation, arrêter l'abus de pouvoir".

En Catalogne, la frustration attise la violence


Après des années de manifestations pacifiques, une partie du mouvement indépendantiste catalan s'est tourné vers la violence, nourrie par la frustration découlant de l'échec de la tentative de sécession de 2017, expliquent analystes et militants.

Depuis 2012, les séparatistes se targuaient de leurs énormes marches colorées de centaines de milliers de personnes, parfaitement chorégraphiées dans une ambiance paisible et familiale. Le mouvement s'était lui-même baptisé "la révolution des sourires".

Mais après l'échec de 2017, l'amertume a commencé à gagner certaines franges. "Les sourires sont terminés", chantaient à l'unisson des militants dans certaines manifestations récentes.

Et la condamnation à de lourdes peines de prison de neuf dirigeants séparatistes lundi a été l'étincelle qui a provoqué trois jours consécutifs de violences dans la région.

"Nous n'avons rien obtenu depuis les premières manifestations pacifiques de 2012 et ils ont franchi toutes les limites avec cette décision", protestait mercredi soir Lluis, un étudiant de 21 ans s'apprêtant à mettre le feu à une poubelle à Barcelone.

Depuis lundi, les plus remontés sont généralement des jeunes qui se déplacent en groupes et provoquent la police, certains quasiment sans expérience des manifestations.

Le pacifisme "ne suffit plus"

Les indépendantistes ont vécu la condamnation de leurs leaders comme "une grande agression" de la part des autorités espagnoles, explique Jordi Mir, le coordinateur du Centre d'études sur les mouvements sociaux de Barcelone.

"Jusqu'ici, il y avait eu des marches, des chaînes humaines mais pour une partie de la société (catalane), cela ne suffit plus, cela n'a donné aucun résultat", explique-t-il. "Et face à cette situation exceptionnelle, ils ont décidé d'aller plus loin".

Au-delà de l'Etat espagnol, la colère des plus radicaux vise les autorités régionales, aux mains des indépendantistes, qui n'ont pas tenu leurs promesses de sécession en 2017.

Le président Torra critique la sentence, mais ensuite il envoie les Mossos d'Esquadra... C'est super hypocrite

Continuant à avoir le même discours sans résultats, le président régional indépendantiste Quim Torra a encouragé ces derniers jours à organiser des manifestations. Mais ces dernières sont dispersées par la police régionale, contrôlée par son gouvernement.

"Le président Torra critique la sentence, mais ensuite il envoie les Mossos d'Esquadra (la police régionale) réprimer les manifestations des gens qui luttent contre cette décision. C'est super hypocrite", fustige Oriol Gonzalez, un syndicaliste étudiant de 23 ans.

"Nous avons besoin de leaders, nous n'avons pas de leaders, ils ne nous soutiennent pas", renchérit Olga, une étudiante de 20 ans qui n'a pas donné son nom de famille.

L'escalade

La dérive a été progressive. En 2017, les indépendantistes s'étaient limités à des actes de désobéissance, comme des blocages de routes.

A partir de 2018, des violences ponctuelles avaient entaché certaines manifestations sur fond de colère croissante à l'égard de Madrid et des dirigeants séparatistes qui n'avançaient pas vers l'indépendance comme ils s'y étaient engagés.

Berta Barbet, du collectif d'analystes Politikon, souligne la "frustration" de ces militants devant l'échec d'"un projet qui avait suscité beaucoup d'enthousiasme".

Le manque de leaders en raison de l'incarcération ou de la fuite à l'étranger des anciens chefs de file des indépendantistes a également pesé. "Sans direction politique, il est normal de voir émerger des groupes qui expriment leur frustration d'une manière plus violente", insiste-t-elle.

Tradition révolutionnaire

Depuis l'échec de 2017, le mouvement n'a pas su trouver de nouvelle stratégie et les divisions entre pragmatiques et jusqu'au-boutistes sont apparues au grand jour.

Pour Jordi Mir, "il est très difficile de savoir ce que cherchent les manifestants : proclamer l'indépendance ? Obtenir plus de soutiens ? Un référendum ?".

Il est aléatoire par conséquent d'imaginer l'avenir de ces protestations, estime Mme Barbet. "Sans demande claire, il est très difficile que cela débouche sur quelque chose".

Epicentre des violences, Barcelone a par ailleurs une longue expérience d'"épisodes de cette nature", souligne Jordi Mir qui rappelle que des grèves, des mobilisations d'étudiants ou même des titres obtenus par le club de football FC Barcelone se soldent régulièrement par "des poubelles brûlées, des barricades et des heurts avec la police".

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