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Dissolution de l'ETA: les questions en suspens

L'auto-dissolution de l'organisation séparatiste basque ETA après quatre décennies de violence laisse des questions en suspens, comme les meurtres non élucidés, l'avenir des prisonniers ou des dizaines de ses membres encore en fuite.

Voici les principales:

- Les fugitifs de l'ETA

Entre 85 et 100 membres de l'ETA sont actuellement considérés comme en fuite, selon le Forum Social, une organisation proche des familles de prisonniers.

Parmi eux se trouve José Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea, dit Josu Ternera, l'un des principaux dirigeants de l'organisation, qui a lu l'annonce officielle de dissolution jeudi.

Ancien député régional basque, Josu Ternera est recherché depuis 2002 par la justice espagnole, qui le considère comme le principal suspect d'un attentat à la bombe contre une caserne de la Garde civile à Saragosse (nord-est) en 1987, qui a fait 11 morts dont des enfants.

- Crimes non résolus et nombre de victimes

Selon l'association de victimes Covite, 358 crimes n'ont toujours pas été résolus. Plusieurs associations, ainsi que le gouvernement espagnol, exigent que l'ETA aide à les élucider.

Une demande soutenue par Amnesty International, qui a estimé jeudi que la dissolution de l'organisation "ne réduit pas d'un cheveu la responsabilité qu'ont ses membres de collaborer aux enquêtes et à l'élucidation des assassinats commis".

"Les enquêtes sur les crimes de l'ETA continueront, ses délits continueront à être jugés et les condamnations continueront à être exécutées. Il n'y a pas eu et il n'y aura pas d'impunité", a déclaré vendredi le chef du gouvernement Mariano Rajoy.

Le nombre de victimes tuées varie légèrement selon les sources. Le ministère de l'Intérieur, qui a longtemps fait état d'au moins 829 morts, parle désormais de 853.

Le rapport Foronda de l'Université du Pays basque mentionne 845 morts causés par l'ETA et des groupes apparentés, ainsi que 62 morts au sein de l'ETA et son entourage, victimes de groupes parapoliciers et d'extrême droite.

- Les victimes exigent une vraie demande de pardon -

Les associations de victimes ont durement critiqué les termes avec lesquels l'ETA a annoncé sa dissolution, considérant qu'il y manque un véritable mea culpa et que l'organisation fait des distinctions inadmissibles entre les victimes.

Le 20 avril, l'ETA avait notamment demandé pardon aux victimes "sans responsabilité" dans ce qu'elle qualifiait de "conflit basque", sous-entendant ainsi que d'autres victimes étaient au contraire légitimes, comme les policiers.

Dans le texte de jeudi, l'ETA ne demande pas pardon aux victimes, critique les Etats espagnol et français, et réaffirme son intention d'obtenir l'indépendance du Pays basque et de la Navarre, par la voie politique cette fois.

"Nous ne pouvons pas accepter qu'il y ait des distinctions entre les victimes, quelles qu'elles soient", a estimé Jonan Fernandez, secrétaire pour la Paix du gouvernement régional basque.

- Le rapprochement des prisonniers

Au total, 279 prisonniers de l'ETA étaient répartis entre l'Espagne, la France et le Portugal au 30 avril, selon l'association des familles de prisonniers Etxerat, qui demande depuis des années qu'ils soient incarcérés plus près du Pays basque, une demande soutenue par le gouvernement régional basque.

Le porte-parole du gouvernement espagnol Inigo Mendez de Vigo a néanmoins assuré vendredi que "le gouvernement ne va pas modifier sa politique pénitentiaire".

En Espagne, seulement quatre membres de l'ETA sont détenus au Pays basque, les 224 autres étant répartis sur 42 sites à travers tout le pays, et certains à 1.000 km de chez eux dans deux prisons situées en Andalousie (sud).

La France compte 50 détenus dans 16 prisons, et un prisonnier se trouve au Portugal.

Sur l'ensemble, 45 prisonniers sont incarcérés depuis plus de 20 ans.

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