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Election présidentielle russe - Alexey Navalny, l'empêché

Election présidentielle russe - Alexey Navalny, l'empêché
Russie

(Belga) La figure numéro un de l'opposition russe, Alexey Navalny, a été écarté du scrutin présidentiel en raison de condamnations judiciaires. Il appelle ses partisans à boycotter l'élection qui a lieu ce dimanche.

L'opposant au président Vladimir Poutine et figure de proue en Russie de la lutte anti-corruption Alexey Navalny, âgé de 41 ans, a été déclaré inéligible jusqu'en 2028 par la commission électorale en raison d'une condamnation, en février 2017, à cinq ans de prison pour une affaire de détournement de fonds datant de 2009. Le juriste rejette en bloc ce jugement qu'il estime monté de toute pièce. Il pointe également les motivations politiques derrière ses multiples arrestations. M. Navalny a appelé à "la grève électorale" lors du scrutin présidentiel, qu'il estime joué d'avance, et à traquer les fraudes dans les bureaux de vote le jour de l'élection. M. Navalny ne soutient aucun candidat à la présidence, pas même celle qui se présente comme une opposante au régime de Vladimir Poutine, Ksenia Sobtchak. Il juge en effet que le Kremlin a besoin d'une "caricature d'un candidat libéral", afin de canaliser ses partisans. Selon lui, M. Poutine et ses équipes acceptent que des concurrents mineurs se présentent aux élections, afin de montrer que l'opposition existe mais qu'elle n'est que marginale. Il ne s'agit pas de la première course électorale du charismatique opposant. En 2013, il avait concouru pour le poste de maire de Moscou, mais il avait été battu par le maire sortant, Sergueï Sobianine, soutenu par le Kremlin, à 50% contre 30% des voix. Alexey Navalny avait contesté ces résultats, dénonçant des "falsifications évidentes". Le moteur de l'opposition au régime de Vladimir Poutine est connu pour ses enquêtes sur la corruption des élites qu'il mène depuis plusieurs années. Sur son site d'investigation appelé Fonds de lutte contre la corruption (FKB), il a par exemple révélé au grand public les images de l'immense propriété italienne du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, achetée sur le compte du parti du pouvoir, Russie unie, pour près de 8 millions d'euros. Ces révélations et l'absence de réaction du Kremlin avaient suscité la colère de la population. Plusieurs dizaines de milliers de personnes dans une centaine de villes du pays sont descendues dans les rues lors de manifestations comparables à celles menées en 2011 contre la corruption. L'avocat et blogueur utilise les réseaux sociaux comme un véritable levier pour mobiliser les foules. Il s'assure également, au passage, le soutien d'une importante partie de la jeunesse russe. Au total, il rassemble plus 2 millions d'abonnés sur Twitter, 1,8 million sur sa chaîne YouTube ou 400.500 sur Facebook. Il a fait l'objet de multiples arrestations et condamnations, faisant plusieurs passages par la case prison. Ainsi, en plus de la condamnation pour fraude qui a causé son inéligibilité, Alexey Navalny a été condamné en 2014 pour détournement au détriment de la filiale russe de l'entreprise française Yves Rocher. Malgré ses recours à la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), la justice russe n'a pas revu son jugement. L'opposant a fait savoir qu'il craignait d'être en prison le jour de l'élection. Il s'était, en effet, vu remettre en février dernier un acte d'accusation pour "violation répétée" de la loi sur l'organisation des manifestations, une infraction passible de 30 jours de détention. Au-delà de sa lutte contre la corruption, M. Navalny a parfois exprimé des positions proches des vues nationalistes et a participé à certaines "Marches Russes", pour la dernière fois en 2011, avant de modérer son discours politique. (Belga)

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