Election présidentielle russe - "Le régime a besoin des élections pour garantir sa légitimité auprès de la population"

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Russie

(Belga) "Dans un régime autoritaire qui se dit démocratique, l'élection constitue un enjeu en soi. Il s'agit à la fois de réaffirmer l'image d'un pays démocratique adressée au monde extérieur, tout en s'assurant du soutien de la population et de son adhésion au régime", estime la chargée de cours en sciences politiques à l'ULB et spécialiste de la Russie, Aude Merlin. Le taux de participation à l'élection présidentielle de ce dimanche 18 mars sera crucial pour Vladimir Poutine, selon l'experte.

Si l'issue de l'élection présidentielle russe ne fait pas de doute, l'homme fort de la Russie devrait faire face à un faible niveau de participation aux élections. Seuls 58% des Russes se disent prêts à se rendre aux urnes, selon le dernier sondage réalisé par le centre analytique indépendant Levada. "Tout va se jouer sur le taux de participation au scrutin. Il est essentiel, pour le régime de brandir un niveau de soutien important afin de minimiser une certaine fatigue de la population ou des formes de désaffection d'une partie de la société russe", explique l'experte. Le taux de participation réel sera toutefois difficile à estimer, selon Aude Merlin. "Il existe des chiffres réels, d'une part, et officiels, d'autre part. L'impact de l'appel de l'opposant Alexey Navalny à boycotter les élections sera également difficile à mesurer dans ces conditions. Mais il est certain qu'il constitue le grand absent de ce scrutin. Une série de votes, qui seraient allés à Navalny s'il avait été candidat, ne devraient donc pas être exprimés ou, dans une moindre mesure, être reportés vers les candidats que les électeurs (de l'opposant) estiment être les moins éloignés de leurs préoccupations." La spécialiste de la Russie insiste sur l'importance dans le paysage politique russe de l'opposant numéro un au Kremlin, Alexey Navalny, écarté du scrutin présidentiel en raison de condamnations judiciaires. "Ce n'est sans doute pas un hasard s'il a été empêché de concourir à l'élection dans un pays où la justice, sur des affaires politiques sensibles, n'est pas indépendante. Lors de sa participation aux élections municipales en 2013, il avait engrangé 27% des voix, selon les résultats officiels, contre le candidat du Kremlin à Moscou. Ce résultat très important avait révélé la volonté d'une politique alternative de la part d'une partie de la population moscovite. Depuis la vague de manifestations contre la corruption qu'a connue la Russie après les élections législatives et présidentielle de 2011 et 2012, il incarne le visage de la contestation. Dans un contexte de régime autoritaire, Navalny est le vrai trouble-fête dans la configuration actuelle", relate-t-elle. Les résultats des rivaux de Vladimir Poutine dans la course à la présidentielle ne devraient pas créer de surprise, selon Mme Merlin. L'experte pointe toutefois la candidature de la jeune libérale Ksenia Sobtchak (Grani) comme une surprise. "Elle apparaît comme un personnage nouveau en tant que femme de 36 ans avec un discours d'opposition, même si elle a bien veillé, au début de sa campagne, à ne pas diriger ses critiques directement contre Vladimir Poutine. Les questions qu'elle a soulevées lors de la campagne s'éloignent du ronronnement habituel des autres concurrents. Notamment, avec son appel au 'vote contre tous' ou encore lorsqu'elle a manifesté seule en Tchétchénie en soutien aux défenseurs des droits de l'homme", souligne Mme Merlin. "Ce scrutin est à la fois un évènement et un non-évènement. Il s'inscrit dans une gestion routinière de la vie politique russe, avec un pluralisme limité et une façade démocratique. Mais le régime continue à avoir besoin de ces élections pour garantir sa légitimité auprès de la population. On compte aussi quelques éléments nouveaux, comme la participation d'une personnalité telle que Sobtchak", conclut l'experte. (Belga)

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