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En Allemagne, les migrants perdus dans le maquis bureaucratique

En Allemagne, les migrants perdus dans le maquis bureaucratique
Un centre de transit pour demandeurs d'asile en Bavière, en Allemagne, le 15 mai 2018Christof STACHE

"J'attends mais rien ne vient": près de trois ans après son arrivée à Berlin, le jeune Irakien Zaïd al-Ahmad ne sait toujours pas s'il pourra rester durablement en Allemagne. Face à une administration qui croule sous les dossiers, il s'efforce de s'intégrer.

"C'est stressant, je n'arrive pas à vivre tranquillement", explique à l'AFP le jeune homme dans un bon allemand aux rondeurs arabes.

Zaïd Al-Ahmad, 23 ans, fait partie des centaines de milliers de migrants en Allemagne dont le dossier demeure en suspens deux ou trois ans après leur arrivée, pris dans les méandres d'une administration débordée depuis la décision le 4 septembre 2015 d'Angela Merkel d'ouvrir les frontières du pays aux demandeurs d'asile.

Débouté de sa demande en décembre 2016 par l'Office des réfugiés (BAMF), qui a eu subitement à gérer plus d'un million de dossiers nouveaux en 2015 et 2016, l'Irakien a saisi les tribunaux pour contester cette décision en janvier 2017.

Depuis, il attend que la justice berlinoise tranche.

Les tribunaux allemands sont dépassés par le nombre de recours de migrants dans ce cas ou qui ont obtenu un permis de séjour limité à un an. Voire même simplement pour mener à exécution les expulsions en cas de rejet.

- Le cas de Chemnitz -

C'est le cas à Chemnitz, où l'extrême droite manifeste depuis plus d'une semaine contre les étrangers suite au meurtre à l'arme blanche d'un Allemand. Le jeune demandeur d'asile irakien arrêté dans cette affaire avait été débouté de sa requête et devait être renvoyé en Bulgarie par où il était arrivé en Europe. Mais l'administration ne l'a pas fait dans les temps et son dossier a dû être repris à zéro.

Fin 2017, 372.000 recours étaient en attente d'examen par la justice, soit quatre fois plus qu'en 2016.

A Berlin, "près des deux tiers des procédures non encore traitées au tribunal administratif concernent le droit d'asile", détaille la juridiction.

En outre, la piètre qualité de certaines décisions rendues par le BAMF depuis l'afflux est régulièrement dénoncée. "On a embauché des gens qui n'étaient pas qualifiés" pour cette mission délicate où il s'agit de décider du destin de personnes, déplore la députée écologiste Filiz Polat.

Résultat: plus de la moitié (56,5%) des délibérations du BAMF ont abouti à la saisine des tribunaux au premier semestre 2018.

En attendant que les juges se penchent sur leurs dossiers, les migrants sont temporairement autorisés à rester en Allemagne. "Tous les trois ou six mois, je dois aller faire renouveler mon permis de séjour, c'est difficile de vivre à si brève échéance", regrette Zaïd Al-Ahmad.

- Parcours d'obstacles -

Son quotidien relève bien souvent du parcours d'obstacle avec des restrictions en matière d'accès au logement, des difficultés à trouver un emploi ou une formation.

Depuis deux ans, il partage un chambre de moins de 20 m2 avec deux autres réfugiés dans un foyer, avec cuisine commune à l'étage et son lot de "menus larcins dans les armoires, problèmes de cigarette, promiscuité et nuisances sonores".

Zaïd Al-Ahmad n'a guère d'espoir de trouver un appartement tant qu'il n'aura pas un permis de séjour à long terme. "Il faut justifier d'un titre d'au moins un an pour obtenir les papiers réclamés par les bailleurs", souligne-t-il.

Ce jeune homme féru de football et dont la coiffure imite celle de Mohamed Salah rêve de rejoindre une formation d'aide-soignant, un métier convoité dans une Allemagne qui manque de main-d’œuvre dans ce secteur.

Alors, il tente d'obtenir une équivalence scolaire qui lui ouvrirait les portes de l'apprentissage, tout en travaillant de nuit et le week-end "dans un snack à emporter, sur un quai de gare, à faire des cappuccino et des latte macchiato", explique Al-Ahmad.

Quelque 290.000 réfugiés ont déjà trouvé un emploi, selon l'Agence pour l'emploi et le nombre d'entre eux qui sont encore dépendants des subsides de l'Etat a diminué de 36% entre 2016 et 2017.

"Quand je suis arrivé en Allemagne, je n'avais pas la moindre idée de ce qui m'attendait, ce qui comptait pour moi c'était fuir l'Irak", poursuit Zaïd Al-Ahmad. "Mais aujourd'hui je sais que mon avenir est ici", conclut le jeune homme dans un sourire.

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