En Catalogne, les rubans jaunes de la discorde

En Catalogne, les rubans jaunes de la discorde
Un ruban jaune géant peint sur une route près de Sant Joan de Vilatorrada, à 50 kilomètres de Barcelone, le 4 juillet 2018Josep LAGO

Les indépendantistes en tapissent les rues, les monuments ou les plages, leurs opposants les retirent pour "nettoyer" : le débat se cristallise en Catalogne autour du ruban jaune réclamant la libération des séparatistes incarcérés.

Près de Gérone (nord-est), ville de l'ancien président catalan indépendantiste Carles Puigdemont, un groupe de 80 personnes vêtues de combinaisons blanches et de masques a passé la nuit de mardi à mercredi à enlever ces rubans des balustrades, des façades ou des panneaux de signalisation, selon les images diffusées par plusieurs médias espagnols.

"Nous sommes allés dans trois villages et avons rempli au total entre 18 et 20 sacs poubelles de plastique jaune. Cela doit faire entre 100 et 120 kilos", a indiqué à l'AFP José Casado, porte-parole de ce groupe qui s'est baptisé "brigades de nettoyage".

Dans une région fortement divisée sur l'indépendance, ce type de groupe est apparu ces derniers mois en réaction aux campagnes indépendantistes qui ont teinté de jaune une grande partie de la Catalogne.

Afin de réclamer la libération de leurs dirigeants incarcérés pour leur rôle dans la tentative de sécession d'octobre dernier, les indépendantistes ont tapissé de rubans jaunes des rues entières, des ponts, des monuments...

Ils les peignent aussi sur les murs, les routes et le mobilier urbain et ont transformé des plages en cimetières de croix jaunes, censés symboliser selon eux la mort de la démocratie en Espagne.

Les indépendantistes en attachent à leur boutonnière et ces rubans recouvrent aussi les sièges au parlement catalan des députés en prison ou en exil.

Les membres du gouvernement indépendantiste régional ont même posé sur une photo derrière un ruban jaune, lors des cérémonies d'anniversaire des attentats de Catalogne d'août 2017.

- Liberté d'expression ? -

"Tout le monde a le droit de mettre ce qu'il veut chez lui mais l'espace public est à tout le monde", poursuit José Casado.

Le retrait des rubans est soutenu par les formations de droite, en particulier par le parti libéral et anti-indépendantiste Ciudadanos qui a lancé une campagne baptisée "Retirons les rubans jaunes !".

Son dirigeant Albert Rivera a retiré lui-même des rubans mercredi dans un village à majorité indépendantiste près de Barcelone, et doit participer en fin de journée dans la capitale catalane à une manifestation contre les rubans.

Mais pour les indépendantistes, utiliser l'espace public pour exposer ses revendications fait partie du "débat d'idées" démocratique.

"Mettre des rubans ou tout autre chose est un acte démocratique. Les enlever revient à limiter la liberté d'expression", a déclaré à l'AFP Pep Cruanyes, vice-président de la puissante association indépendantiste ANC. "Si nos symboles ne leur plaisent pas, qu'ils en accrochent d'autres".

Le président indépendantiste catalan Quim Torra a pour sa part demandé à la police régionale, les Mossos d'Esquadra, d'agir contre "les groupes agressifs qui veulent faire peur aux militants pour la liberté des prisonniers" dans un article intitulé "Comme un seul peuple contre le fascisme" vivement critiqué par ses opposants.

- Incidents -

La discorde autour de ces rubans a engendré quelques incidents violents. La police espagnole a annoncé mercredi l'arrestation à Barcelone d'un homme accusé d'avoir agressé une femme qui retirait des rubans des grilles d'un parc.

Les Mossos, qui dépendent du gouvernement régional, ont eux en revanche arrêté début août un "unioniste" accusé d'avoir menacé deux personnes avec un couteau, tandis que d'autres anti-indépendantistes ont vu leur identité contrôlée pendant qu'elles enlevaient des rubans avec des cutters.

Après la plainte d'une association anti-indépendantiste accusant les Mossos d'agir de façon "arbitraire" contre les personnes retirant les rubans, le parquet a ouvert lundi une enquête contre la police régionale.

Mais face à la volonté des deux camps de criminaliser l'autre, la procureure générale Maria José Segarra a tenté de calmer les esprits en assurant récemment "que mettre ou retirer (des rubans) ne constituait en rien un délit".

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