En Grande-Bretagne, panne sèche pour des services plombés par le Brexit

Le puissant secteur des services a subi un sévère coup d'arrêt en mars au Royaume-Uni à cause des incertitudes du Brexit, au moment où les risques d'une sortie sans accord préoccupent au plus haut point les milieux économiques.

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Mark Carney a averti mercredi que le risque d'un divorce sans accord atteignait un niveau "alarmant désormais", dans un entretien sur Sky News, à l'approche de la date théorique de sortie de l'UE, le 12 avril.

Dans la matinée, les milieux d'affaires se sont inquiétés d'un indicateur témoignant d'une contraction en mars de l'activité dans le secteur des services pour la première fois depuis juillet 2016, soit juste après le référendum pour le Brexit, selon le cabinet Markit.

D'après ce dernier, l'indice PMI des directeurs d'achat des entreprises du secteur des services est tombé le mois dernier à 48,9 points.

Ce chiffre est une surprise pour les économistes qui s'attendaient à ce que l'indice reste au-dessus du seuil des 50 points, marquant la séparation entre progression et contraction de l'activité.

Markit justifie cette contre-performance par la propension des entreprises à repousser leurs décisions d'investissement faute d'y voir clair sur le processus du Brexit et ses conséquences économiques.

D'après le cabinet, ce flou sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE se ressent aussi sur les ménages, qui limitent leurs dépenses.

La cheffe politique du quartier des affaires de la City de Londres, Catherine McGuinness, a qualifié l'indicateur de "nouvelle extrêmement inquiétante, qui démontre la pression constante sur l'économie de cette incertitude" du Brexit.

Le secteur des services, qui regroupe notamment la finance, le commerce ou encore les transports, est la locomotive de l'économie britannique, aussi tout affaiblissement fait-il craindre une panne de la croissance.

- Union nationale ? -

Conséquence, il est probable que l'activité dans son ensemble ait stagné au premier trimestre, après une progression du produit intérieur brut (PIB) de seulement 0,2% au dernier trimestre de 2018, d'après IHS Markit, même si certains économistes préviennent que l'indice PMI a tendance à noircir le tableau comparé aux chiffres officiels.

Chris Williamson, économiste chez IHS Markit, pointe même le risque d'"un recul au deuxième trimestre, à moins que la demande ne connaisse un sursaut, ce qui est hautement improbable compte tenu du renforcement récent des incertitudes liées au Brexit".

Ce constat est partagé par les chambres de commerce qui estiment que l'économie est à l'arrêt et que les entreprises ont le pied sur le frein, après avoir réalisé une enquête auprès de 7.000 sociétés employant un million de personnes.

Car accord ou pas accord sur le Brexit, les dégâts sont déjà visibles. Dans une étude publiée cette semaine, la banque Goldman Sachs a estimé que le PIB était aujourd'hui amputé de 2,4% comparé à qu'il aurait été sans le Brexit.

Les économistes estiment en outre que même en cas de Brexit doux, la croissance devrait poursuivre son ralentissement cette année. Une moyenne de prévisions indépendantes compilées par le Trésor britannique prévoit une hausse du PIB de 1,3% pour cette année, après 1,4% en 2018.

Le brouillard autour des conditions de sortie de l'UE n'a fait que s'épaissir ces dernières semaines, en raison du rejet par le Parlement britannique de l'accord de Brexit négocié par la Première ministre Theresa May avec les autres dirigeants de l'UE.

Cette impasse politique, dont la dirigeante conservatrice cherche à s'extraire en tendant la main à l'opposition travailliste, exaspère les milieux d'affaires.

"La Première ministre a ouvert la porte à un compromis dont nous avons désespérément besoin", a déclaré sur son compte twitter la directrice générale de l'organisation patronale CIB. "Il s'agit d'une urgence nationale dont la seule réponse est l'union nationale", a complété Carolyn Fairbairn.

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