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En Grèce, l'Athènes Pride s'ouvre avec une promenade historique

Grèce

Un bâtiment néoclassique en ruine dans une rue miteuse d'Athènes: le guide s'arrête et explique que c'est là que se prostituait Costas Tachtsis, un des plus grands écrivains grecs du 20ème siècle.

La visite guidée à travers des lieux notables de l'homosexualité à Athènes a été vendredi soir l'évènement inaugural de l'Athènes Pride 2018.

Celle-ci, qui se tient dans la capitale grecque depuis 2005, a pris un essor considérable cette année, au point de durer tout une semaine.

Nicolaos Nicolaïdes s'arrête à nouveau, cette fois pour montrer la maison où le poète britannique Lord Byron s'est entiché au début du 19ème siècle de la fille de sa propriétaire grecque, âgée de 12 ans, avant de succomber au charme d'un jeune Français.

"Au 19ème siècle, la Grèce était une terre exotique pleine d'érotisme", explique M. Nicolaïdes, historien de formation.

"Pour les voyageurs européens, visiter des sites antiques était plutôt un prétexte. Ce qu'ils voulaient vraiment, c'était des aventures érotiques", ajoute-t-il en souriant.

La Pride grecque comprend cette année une balade à vélo, des séminaires de sensibilisation, des fêtes de rue et des spectacles, avant de s'achever le 9 juin par la traditionnelle parade.

- Un jour par an -

L'an dernier, 50.000 personnes ont participé au défilé, contre seulement 500 en 2005.

"En 2005, notre objectif principal était juste de décider les gens de la communauté à venir", relevait récemment l'organisatrice de l'Athènes Pride Andrea Gilbert, lors d'une conférence de presse hébergée par l'ambassade de France.

"Il est très important pour un jeune d'avoir un jour par an où il peut se sentir merveilleusement bien dans la peau qui est la sienne", avait-elle souligné.

D'importants progrès ont été accomplis depuis l'arrivée du gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras en 2015.

Cette année-là, le gouvernement a approuvé une loi établissant un partenariat civil pour les couples de même sexe.

En octobre dernier, les personnes transgenres ont pour la première fois eu le droit d'inscrire sur leurs papiers le sexe qu'elles ont choisi. Et le mois dernier, le parlement a accordé des droits parentaux aux couples de même sexe ayant procédé à une union civile.

Des décisions qui paraissent historiques dans un pays où l'homosexualité est un tabou pour la plupart des politiciens, et est publiquement combattue par la puissante Église orthodoxe.

- 'Amour parfait' -

En mars, un évêque a été jugé pour avoir qualifié les homosexuels de "lie de la société" et appelé ses partisans à "cracher" sur eux. Poursuivi pour incitation publique à la violence et abus de ses fonctions ecclésiastiques, il a cependant été relaxé, mais sera rejugé après un appel du parquet.

Dans les temps anciens, relève cependant M. Nicolaïdes, il en allait tout autrement puisqu'on considérait que "l'amour parfait" était entre deux hommes.

Et au 6ème siècle av JC, un couple d'amants, Harmodios et Aristogiton, étaient vénérés comme des demi-dieux à Athènes pour avoir tué le tyran Hipparque.

Et même si l'homosexualité de la poétesse Sappho n'est pas une certitude -- cette théorie remonte à l'Angleterre victorienne --, celle entre hommes était tout à fait admise avant la montée du christianisme.

Le porte-parole de l'Athènes Pride, Raphael Bilidas, insiste sur le fait qu'il reste beaucoup à faire pour combattre l'homophobie dans la société grecque moderne: "La Pride est une réponse à ce que beaucoup de gens continuent à dire aujourd'hui, que nous devrions avoir honte de nous-mêmes".

Pour lui, "tant que cette mentalité persiste, nous ne serons pas égaux".

Il regrette qu'en Grèce, une personne mariée doive "obligatoirement divorcer avant" de modifier son sexe à l'état civil. Ou que les lois actuelles sur le mariage "ne prévoient aucune disposition pour la parentalité transgenre".

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