En Hongrie, la prospère Gyor dit merci à Audi

Si les ruades de Viktor Orban contre l'immigration ou les ONG ont marqué ses huit années à la tête de la Hongrie, le Premier ministre qui brigue un nouveau mandat dimanche s'est montré beaucoup plus accommodant avec les constructeurs automobiles étrangers, qui contribuent à la prospérité du pays.

Dans les ateliers de la PME Borsodi Muhely, à Gyor, le directeur stratégique Szabolcs Horvath ne perd jamais de vue les chiffres d'activité de son imposant voisin, l'usine Audi de la ville qui emploie un habitant sur dix dans cette préfecture du nord-ouest du pays.

Comme beaucoup d'entreprises de la commune, Borsodi Muhely est l'un des sous-traitants du géant allemand de l'automobile et cette collaboration a permis à la PME familiale fondée avant la chute du communisme d'acquérir une expérience précieuse pour faire son trou à l'international.

"En 1981, le fondateur était seul (...) et aujourd'hui nous avons 220 salariés sur trois sites différents", explique fièrement M. Horvath.

Audi, mais aussi Mercedes, Suzuki, Daimler, Opel ont massivement investi en Hongrie dans un secteur automobile devenu capital pour l'économie du pays.

C'est l'un des atouts du gouvernement conservateur de Viktor Orban qui se présente aux législatives de dimanche avec un bilan flatteur: une croissance de 4% en 2017, un taux de chômage à son plus bas historique (3,8%), un déficit public ramené sous la barre des 3% du PIB.

L'affaire n'était pas gagnée lors du retour de Viktor Orban au pouvoir, en 2010, dans un pays durement frappé par la crise financière mondiale.

- "Bons qu'à végéter" -

La croissance est désormais sous la menace de la sévère pénurie de main d'oeuvre qui affecte la Hongrie, comme les autres économies d'Europe centrale combinant natalité en berne et forte émigration.

Et dans le pays, le rapport de force se durcit avec les salariés qui aspirent à bénéficier des fruits de la reprise, au risque de rendre moins attractive pour les investisseurs étrangers cette économie basée sur les faibles coûts salariaux.

Les travailleurs de l'usine Audi de Gyor se sont ainsi mis en grève l'an dernier et veulent continuer à se battre "pour des salaires plus proches de ceux de l'Ouest", affirme à l'AFP Sandor Nemeth, président du syndicat AHFSZ.

Les statistiques du chômage ont également fière allure, affirment les critiques, grâce au système controversé d'emplois à bas coût du gouvernement.

Les allocations chômage ont d'abord été ramenées à 30% en dessous du salaire minimum et la période d'indemnisation limitée à trois mois. Le gouvernement a ensuite imposé le "travail public" aux chômeurs en échange de leurs allocations.

Un public bien connu par l'association "Bike Maffia" de Budapest qui organise des distributions de repas au sans-abris de la capitale.

Ces travaux publics d'intérêt général "ne sont bons qu'à végéter, ils ne permettent pas de se fixer de nouveaux objectifs" et de rebondir, critique Zoltan Havasi, qui dirige l'association.

Les Hongrois ont dû encaisser un relèvement à 27% de la TVA quand les entreprises bénéficient de l'impôt sur les sociétés le plus faible d'Europe, à 9%.

- Capitalistes nationaux -

Et pourtant "le véritable esprit d'entreprise, celui insufflé par le marché" risque d'être entravé par le "style paternaliste" du gouvernement, regrette Gabor Bojar, un informaticien de Budapest.

"Nous ne sommes plus une économie de marché", dénonce même auprès de l'AFP l'économiste Julia Kiraly, qui avait démissionné de son poste de vice-présidente de la banque centrale en 2013 pour protester contre la supervision des cercles du Premier ministre sur l'institution.

La "famille politique" de Viktor Orban a la mainmise sur des pans entiers de l'économie, dénonce-t-elle encore.

Pour Agoston Mraz, responsable du groupe de réflexion Nezopont, le gouvernement souhaite juste "renforcer le capital et les capitalistes nationaux", explique-t-il, soulignant que la Hongrie a repris le contrôle de secteurs comme les banques, l'énergie ou la distribution d'eau.

"Les +Orbanomics+ sont protectionnistes mais sans violer les lois de l'Union Européenne", assure M. Mraz.

Une Union européenne dont l'économie hongroise est fondamentalement tributaire, étant l'un des principaux pays bénéficiaires des fonds européens.

Dans une récente interview, le ministre de l'économie Mihaly Varga a reconnu que certains secteurs avaient développé une "dépendance vis-à-vis du financement de l'UE", alors que le budget communautaire post-Brexit risque d'être beaucoup moins favorable au pays.

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