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En Ukraine, l'Eglise est un slogan de campagne pour le président Porochenko

En Ukraine, l'Eglise est un slogan de campagne pour le président Porochenko
Le président ukrainien Petro Porochenko (g) arrive à la cathédrale Sainte-Sophie, le 3 février 2019 à KievGenya SAVILOV
Russie

Sur certaines de ses affiches électorales collées dans les rues de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, le président Petro Porochenko tient le décret créant une Eglise indépendante de la tutelle de Moscou. D'autres comportent simplement le slogan: "Armée! Langage! Foi!"

Petro Porochenko, critiqué pour l'échec de la lutte anticorruption et éclaboussé par un scandale de contrebande dans l'armée, fait face à une bataille ardue pour espérer décrocher un second mandat à l'issue de la présidentielle, dont le premier tour a lieu le 31 mars.

Il peut, en revanche, compter sur le soutien d'une partie des fidèles orthodoxes, comme Serguiï, soldat rencontré à la sortie d'une cathédrale de Lviv, qui loue le président pour avoir obtenu la reconnaissance par Constantinople d'une nouvelle Eglise: "Porochenko a fait ce qu'il fallait".

Faute de progrès tangibles dans l'amélioration du niveau de vie des Ukrainiens ou dans la résolution du conflit avec les séparatistes prorusses dans l'Est, ce succès religieux est devenu un argument clé de campagne de M. Porochenko, arrivé au pouvoir en 2014 après un soulèvement pro-européen à Kiev.

Pendant plus de 300 ans, l'Ukraine se trouvait sous la tutelle spirituelle de la Russie. L'année dernière, elle s'est vue accorder par Constantinople sa propre Eglise indépendante, qui rassemble le Patriarcat de Kiev, autoproclamé en 1992, et la minuscule Eglise dite autocéphale.

Le Patriarcat de Moscou, qui dispose encore du plus grand nombre de paroisses en Ukraine même si certaines d'elles ont commencé à rejoindre la nouvelle Eglise, a refusé de s'associer à celle-ci et dénoncé un "schisme".

"Dieu est Un. Dieu n'est ni Russe, ni Ukrainien", philosophe Serguiï, tout en reconnaissant que la nouvelle Eglise est un élément majeur de son soutien pour Petro Porochenko: "S'il n'est plus président, je ne me battrai plus pour l'Ukraine".

Une autre fidèle se montre plus sarcastique. "Porochenko voulait sa place dans l'Histoire et il va l'avoir", constate cette femme, qui refuse de donner son nom. "Tout ce qu'il fait, c'est pour l'élection. Tout ce qu'il veut, c'est être réélu. Mais il ne faut pas nous forcer."

- Effet limité -

Pendant des mois, M. Porochenko a tout fait pour se placer au centre des événements ayant mené à la création de la nouvelle Eglise, s'affichant devant les caméras aux côtés des ecclésiastiques et aux liturgies, jusqu'à susciter parfois des critiques quant à la séparation entre Eglise et Etat.

Si la nouvelle Eglise n'a pas directement appelé ses fidèles à le soutenir, ses dirigeants ont maintes fois loué le rôle clé du président dans l'indépendance de cette confession.

Selon Irina Bekechkina de la Fondation des initiatives démocratiques à Kiev, cette stratégie a permis au président de gagner quatre points dans les sondages, surtout dans l'ouest comme à Lviv, où la population est plus religieuse et davantage hostile à Moscou.

M. Porochenko reste malgré tout à la peine dans les intentions de vote, loin derrière le comédien Volodymyr Zelensky, surprise du scrutin, et talonné par sa rivale, l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko.

Les deux adversaires du président ont critiqué son obsession pour les affaires religieuses.

"+Armée, Langage, Foi+: piller l'armée, diviser artificiellement les gens par le langage... vous n'avez pas de foi", a ironisé M. Zelensky en parodiant le slogan de M. Porochenko.

- Prêcher aux convertis -

Petro Porochenko est aussi critiqué par la branche ukrainienne du Patriarcat de Moscou.

"La création de la soi-disant Eglise orthodoxe ukrainienne a été réalisée de manière totalement artificielle", a estimé auprès de l'AFP l'archevêque Kliment, porte-parole de cette branche, qualifiant les actions du président d'"ingérence brutale" dans les affaires religieuses.

Selon le politologue Andriï Bytchenko du Centre Razumkov de Kiev, si la religion a donné un coup de pouce à la popularité de M. Porochenko, elle ne sera pas décisive pour l'élection.

"Les orientations politiques des gens déterminent leur attitude envers l'Eglise, et non l'inverse", souligne-t-il, expliquant que les électeurs qui sont hostiles à M. Porochenko ne seront pas convertis uniquement par sa réussite dans les affaires religieuses.

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