Enquête russe: un ex-conseiller de Trump se ravise et plaide coupable

Enquête russe: un ex-conseiller de Trump se ravise et plaide coupable
Un ex-conseiller de campagne de Donald Trump, Richard Gates, quitte la Cour de Prettyman, à Washington, le 23 février 2018MARK WILSON
Russie

Un ex-conseiller de campagne de Donald Trump a plaidé coupable vendredi de faux témoignage et de fraude financière au détriment de l'Etat américain, et a accepté de coopérer dans l'enquête sur l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

Ce revirement de Richard Gates, 45 ans, accentue encore la pression sur Paul Manafort, l'ancien directeur de campagne de M. Trump et ex-associé de M. Gates, qui lui continue de rejeter les charges énumérées dans l'acte d'inculpation qui le vise.

"Nonobstant ce qu'a plaidé Rick Gates aujourd'hui, je maintiens mon innocence", a réagi M. Manafort, dans un communiqué transmis par son avocat.

M. Gates est devenu la cinquième personne à plaider coupable dans l'enquête russe en comparaissant en début d'après-midi devant une juge fédérale de Washington.

Dans une lettre adressée à ses proches et obtenue par la chaine ABC, Richard Gates a justifié sa volte-face, expliquant que malgré sa "volonté initiale de (se) défendre", il a "changé d'avis" pour protéger sa famille.

Ce rebondissement semble prouver que la stratégie suivie par Robert Mueller s'est révélée payante: le procureur spécial chargé de l'enquête russe a accumulé les charges visant MM. Manafort et Gates, qu'il a inculpés deux fois à quatre mois d'intervalle.

Le dernier acte d'accusation rendu public jeudi concerne des faits présumés de fraude fiscale et de dissimulation de comptes bancaires à l'étranger. MM. Manafort et Gates avaient été inculpés pour des infractions similaires fin octobre.

D'environ 2006 à 2015, les deux hommes ont travaillé comme consultants politiques et lobbyistes au service du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou, et des partis proches de ce dirigeant qui a été renversé en 2014.

Ils sont accusés d'avoir monté un système complexe permettant de ne pas déclarer au fisc américain une grande partie de leurs millions de dollars de revenus.

Plus de 75 millions de dollars de paiement ont ainsi transité par des comptes offshore. Les deux suspects se voient reprocher d'avoir blanchi dans le processus plus de 30 millions de dollars.

Paul Manafort a dirigé de juin à août 2016 l'équipe de campagne de M. Trump, dont il a été écarté quand sa proximité avec les intérêts russes en Ukraine a été révélée.

Les deux hommes ont été laissés en liberté, soumis à un strict contrôle judiciaire.

Un avocat membre d'un cabinet international ayant également oeuvré à redorer l'image de M. Ianoukovitch a été inculpé mardi de faux témoignage par le procureur spécial.

Cet avocat, Alex van der Zwaan, a plaidé coupable d'avoir menti à des enquêteurs de la police fédérale (FBI) concernant ses échanges avec Richard Gates.

Le revirement de M. Gates, qui encourt près de six ans de prison mais peut espérer une peine atténuée en coopérant, isole Paul Manafort dans la perspective d'une comparution pénale. Les avocats du lobbyiste mènent une âpre bataille procédurale pour retarder ce procès.

Mais un procès n'est probablement pas l'objectif prioritaire de M. Mueller et de ses enquêteurs. Ils veulent pousser M. Manafort à révéler ce qu'il sait sur l'équipe de campagne de Donald Trump et une éventuelle collusion entre des membres de celle-ci et Moscou.

Rien dans les documents judiciaires publiés vendredi ne vient confirmer ces soupçons.

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