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Espagne: les visiteurs affluent au mausolée de Franco avant son exhumation

Espagne: les visiteurs affluent au mausolée de Franco avant son exhumation
Le complexe "La Valle de los Caidos" (la vallée de ceux qui sont tombés) à San Lorenzo del Escorial près de Madrid abrite les dépouilles de Franco et de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur du JAVIER SORIANO
histoire

"Je voulais le voir avant". Des milliers d'Espagnols, opposés ou favorables à l'exhumation de Franco, se pressent au mausolée de l'ancien dictateur avant que sa dépouille ne soit retirée de ce lieu hautement controversé.

Depuis que le socialiste Pedro Sanchez a annoncé, juste après son arrivée au pouvoir le 1er juin, son intention d'en déloger Francisco Franco, le nombre de visiteurs a bondi.

Selon des chiffres du Patrimoine national, organisme public gérant les lieux, 38.269 visites ont été enregistrées en juillet contre 23.135 en juin et 25.532 en juillet 2017.

"Vu qu'ils vont retirer Franco, je voulais le voir avant" même si "c'est un peu de la curiosité malsaine", reconnaît Antonio Nevado, étudiant en droit de 22 ans, originaire de Cordoue (sud).

Dans les montagnes, à 50 km au nord de Madrid, le Valle de Los Caidos (la vallée de ceux qui sont tombés) est un complexe monumental commémorant la guerre civile où Franco, vainqueur de ce terrible conflit (1936-1939) et qui dirigea le pays d'une main de fer jusqu'à sa mort en 1975, est inhumé aux côtés de José Antonio Primo de Rivera, fondateur du parti fasciste de la Phalange.

Le mausolée abrite aussi les corps de quelque 27.000 combattants franquistes ainsi que d'environ 10.000 opposants républicains, raison pour laquelle le dictateur le présentait comme un lieu de "réconciliation".

Mais ses détracteurs le voient comme un symbole de division et de mépris pour les républicains dont les corps, extraits de fosses communes et de cimetières, y ont été transférés sans que leurs familles soient prévenues.

Javier Botía, 40 ans, et sa compagne Ángeles Abellán, 42 ans, envisageaient depuis plusieurs années de visiter les lieux. "C'est le moment", se sont dit ces ingénieurs agronomes à Murcie (sud-est), qui assurent n'avoir aucune sympathie pour l'ancien dictateur.

"Cela fait partie de l'histoire, de notre patrimoine. C'est très impressionnant", a dit Botía jeudi, en observant depuis l'esplanade la gigantesque croix de 150 mètres de haut, visible à des kilomètres à la ronde, qui surplombe le complexe.

- 'Beaucoup de souffrances' -

"Je ressens des émotions contradictoires car d'un côté c'est un lieu qui symbolise beaucoup de souffrances et qui est en même temps chargé d'histoire", souligne-t-il, en référence aux 20.000 prisonniers politiques ayant participé à sa construction entre 1940 et 1959.

"Il faut connaître en profondeur le côté sombre de l'histoire pour que cela ne se reproduise pas", insiste-t-il.

Vêtu d'un maillot de la sélection espagnole de football, Cristian Espert se prend en photo avec un drapeau espagnol devant le monument. Venu pour la première fois voir la tombe de Franco, ce militaire de 30 ans de Valence (est) est favorable à l'exhumation du dictateur dont la présence dans le mausolée "peut blesser beaucoup de gens", selon lui.

En annonçant l'exhumation de Franco, Pedro Sanchez avait justement souligné que "l'Espagne ne peut pas se permettre, en tant que démocratie consolidée et européenne, des symboles qui divisent les Espagnols". La volonté du gouvernement de retirer la dépouille de Franco s'est heurtée jusqu'ici au refus de la famille du dictateur.

- 'Laisser les morts en paix' -

Pour d'autres, au contraire, Franco doit y rester car le mausolée fait partie de l'histoire. "C'est le patrimoine du pays et cela doit être respecté", juge Antonio Nevado, pourtant critique du régime franquiste.

"Je ne pense pas que cela nuise à qui que ce soit", abonde Miguel Pintor, fonctionnaire madrilène de 62 ans, revenu visiter le mausolée après avoir été irrité par l'annonce du gouvernement. "Il faut laisser les morts en paix", dit-il en soulignant que la guerre civile s'est achevée il y a près de 80 ans.

Les divisions demeurent. En juillet, un millier de sympathisants d'extrême-droite se sont rendus au Valle de los Caidos pour protester contre l'exhumation du dictateur. Et la Garde civile a confirmé jeudi que cinq tentatives d'incendie avaient été enregistrées lundi dans l'enceinte du monument.

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