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Espagne: Mariano Rajoy déplore les violences policières lors du référendum catalan

Espagne: Mariano Rajoy déplore les violences policières lors du référendum catalan
L'ex-Premier ministre espagnol Mariano Rajoy arrive à la Cour suprême de Madrid pour témoigner au procès des indépendantistes catalans, le 27 février 2019BENJAMIN CREMEL

L'ancien chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a déploré mercredi les violences policières ayant émaillé le référendum interdit de 2017 en Catalogne, mais en a rejeté la responsabilité sur les indépendantistes catalans lors du procès à Madrid des anciens dirigeants séparatistes.

"Je regrette beaucoup toutes ces images, elles ne me plaisent pas", a concédé M. Rajoy après la projection d'une vidéo montrant des policiers frappant à coups de matraques des électeurs.

Il en a toutefois rejeté la responsabilité sur le gouvernement régional indépendantiste catalan qui a organisé ce référendum le 1er octobre 2017 malgré son interdiction par la justice.

"Si on n'avait pas appelé les gens à participer à un référendum illégal (...), personne n'aurait eu à voir les blessures de certaines personnes et membres des forces de sécurité", a ajouté M. Rajoy, au pouvoir au moment de la tentative de sécession de 2017.

Son audition était d'autant plus attendue que la question catalane est actuellement au coeur d'un débat politique virulent, à l'approche des élections législatives anticipées d'avril et des européennes, municipales et régionales de mai.

M. Rajoy s'exprimait sous le regard des douze anciens dirigeants indépendantistes encourant de 7 à 25 ans de prison. La plupart sont jugés pour "rébellion", supposant l'existence d'un "soulèvement public et violent", ce qui est systématiquement réfuté par la défense.

- 'Liquider la souveraineté' -

Assis face aux sept juges de la Cour suprême, l'ancien dirigeant conservateur de 63 ans a déclaré d'un ton offensif que les indépendantistes "étaient pleinement conscients que (…) tant que Mariano Rajoy serait président du gouvernement, il n'y aurait pas de référendum pour liquider la souveraineté nationale".

Il a martelé qu'aucun dialogue n'était "possible" avec les dirigeants séparatistes qui voulaient "liquider la Constitution".

Selon le gouvernement régional catalan, 2,3 millions d'électeurs catalans avaient voté le 1er octobre 2017 dont 90% en faveur de l'indépendance. Un résultat invérifiable.

Egalement entendu mercredi comme témoin, l'ex-président de la Catalogne de 2010 à 2016, Artur Mas, a lui assuré que le mouvement indépendantiste avait toujours agi avec "la volonté d'éviter la moindre violence".

"Je m'étais trompé en pensant que le gouvernement central n'enverrait jamais des forces de l'ordre pour intervenir" le jour du référendum, a dit M. Mas, critiquant "une chose aussi peu intelligente qui pouvait saper son image et faire le tour du monde".

Aussitôt après la vaine proclamation d'"une république catalane" au Parlement catalan le 27 octobre 2017, Madrid avait placé la région sous tutelle, dissous le parlement régional et destitué le gouvernement de Carles Puigdemont, qui avait fui quelques jours plus tard en Belgique.

En décembre 2017, cependant, les élections régionales convoquées par le gouvernement central avaient été de nouveau remportées par les indépendantistes.

Mariano Rajoy a dirigé l'Espagne de 2011 jusqu'au renversement de son gouvernement en juin 2018, coulé par un méga-procès pour corruption ayant affecté son parti. Le vote d'une motion de censure avait permis au socialiste Pedro Sanchez d'accéder au pouvoir.

M. Rajoy a souvent été accusé d'avoir attisé l'indépendantisme alors qu'entre les élections régionales de 2010 et celles de 2017, les partis sécessionnistes sont passés de 10% des voix à 47,5% en Catalogne.

"La gauche lui reproche de ne pas avoir essayé de résoudre politiquement le problème" et "la droite de ne pas avoir agi plus tôt", résume le politologue Fernando Vallespín.

Dès 2006, Mariano Rajoy avait mené bataille contre le nouveau Statut d'autonomie de la Catalogne qui conférait à la région des compétences élargies et la définissait comme "nation" dans l'Etat espagnol. Le Tribunal constitutionnel avait partiellement retoqué ce statut en 2010.

M. Rajoy a été cité à comparaître au procès par la défense et par le petit parti d'extrême droite Vox qui joue un rôle d'"accusation populaire" très controversé, en raison d'une singularité pénale espagnole.

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