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Et si les migrants exclus de Calais débarquaient à la côte belge? L'évacuation de la jungle remise en question

Et si les migrants exclus de Calais débarquaient à la côte belge? L'évacuation de la jungle remise en question
 
 

Les contrôles des migrants ont débuté mardi matin à la frontière franco-belge à La Panne, à la côte belge. Mais en France, le démantèlement de la jungle de Calais a été reporté, en attendant la décision du juge saisi d'un recours contre cette évacuation.

La jungle de Calais devait être démantelée ce mardi dès 20 heures: les autorités françaises avaient demandé aux migrants de quitter les lieux avant ce soir. Mais le juge saisi par des ONG et des migrants d'un recours contre cette opération ne rendra pas de décision aujourd'hui. L'État français ne peut pas agir avant que la justice n'ait tranché. Cette décision devrait être rendue mercredi ou jeudi, selon une source proche du dossier.

Contestant l'ordre d'évacuation, un groupe de migrants et dix associations avaient saisi en urgence le tribunal administratif de Lille, qui devait initialement statuer cet après-midi. La juge, suivie par de nombreux journalistes et migrants, s'est rendue sur place pour parcourir les allées boueuses de la "Jungle" et s'y faire une idée des conditions de vie.

Les abris de fortune de cet immense bidonville abritent au moins 3.700 migrants selon les autorités, davantage selon les associations qui leur portent assistance. La partie sud du camp, concernée par le projet d'évacuation, compterait "3.450 personnes, dont 300 mineurs isolés", selon le recensement de l'organisation britannique Help Refugees. Les associations jugent qu'en absence d'hébergement alternatif suffisant, les migrants ne peuvent pas être forcés de partir. Les autorités, qui partent de chiffres inférieurs à la réalité selon les humanitaires, souhaitent réduire à 2.000 personnes la population de ce point de fixation.


À La Panne, les contrôles ont débuté

En Belgique, l'inquiétude monte de voir ces centaines de migrants débarquer tenter leur chance vers l'Angleterre depuis nos côtes. Carl Decaluwé, le gouverneur de Flandre-Occidentale, en tête. "Je m'attends à ce qu'une partie se rende à Zeebrugge pour y tenter sa chance et essayer une nouvelle fois de rejoindre le Royaume-Uni", a-t-il confié au journal Le Soir.

L'élu CD&V s'est préparé à cette éventualité avec les différents chefs de corps des zones de police de la côte. "Nous devons essayer de contrôler qui veut passer la frontière. Ceux qui ne peuvent pas présenter les documents nécessaires devraient être bloqués", a-t-il déclaré.

Des contrôles ont donc débuté mardi matin à la frontière franco-belge à La Panne, a-t-il indiqué. Des agents fédéraux ont été dédiés au contrôle systématique à la frontière. Une discussion est prévue mardi avec le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), concernant les mesures et leur durée.


Éviter une jungle en Belgique

Au cabinet du ministre de l'Intérieur Jan Jambon, on s'inquiète de voir une autre jungle se mettre en place, cette fois chez nous. "Tout sera mis en oeuvre pour éviter que les camps comme celui de Calais puissent exister en Belgique", dit-on au cabinet du ministre N-VA. Lors de la réunion opérationnelle prévue avec la police, "toutes les options seront étudiées", assure-t-on. "Nous allons voir quelles sont les demandes et ce qu'il convient de faire", apprend-on encore dans les colonnes du Soir.


La Belgique: "Pas question!"

Du côté des migrants installés dans la jungle, l'inquiétude est vive et chacun se demande une nouvelle fois ce qu'il adviendra de son sort. Mais un exil vers la Belgique ne semble pas vraiment à l'ordre du jour. "Pas question, lance Ouadidi, un Afghan dans la jungle depuis quatre mois. Je n'ai pas les moyens d'aller là-bas. C'est trop loin. Puis c'est trop risqué. Il y a trop de contrôles". Même son de cloche auprès d'un jeune Iranien : "Là-bas, si je me fais prendre, on va me mettre dans une espèce de prison et c'en est terminé de mes chances de réaliser mon rêve", explique Atawaka, 16 ans, qui a déjà tenté de nombreuses fois en sept mois de rallier l'Angleterre. Même une institutrice bretonne, qui côtoie les migrants au quotidien, le confirme : gagner la Belgique n'est pas leur objectif.

Seuls ceux qui sont arrivés récemment, plus insouciants, semblent penser qu'il est possible de rejoindre le Royaume-Uni depuis la Belgique. "Si je n'y arrive pas d'ici, pourquoi ne pas tenter ma chance...", se demande Medhi, à Calais depuis dix jours.

Il semble y avoir un décalage semble entre les intentions des migrants et les craintes des autorités belges. Un revirement de situation est toujours possible puisque le tribunal administratif de Lille doit trancher, suite au recours de plusieurs ONG et migrants.




 

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