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Grâce à leurs passeports européens, les passeurs bulgares jouent un rôle clé dans le passage des migrants

Grâce à leurs passeports européens, les passeurs bulgares jouent un rôle clé dans le passage des migrants
Image d'illustration
 

Bien que leur pays soit à l'écart de la principale route balkanique vers l'Europe occidentale, les passeurs bulgares jouent un rôle clé dans les réseaux internationaux qui prospèrent face à la crise migratoire, grâce notamment à leurs passeports européens.

Fait emblématique, cinq des six passeurs arrêtés après la mort fin août de 71 migrants étouffés dans un camion hongrois abandonné sur une autoroute en Autriche sont des ressortissants bulgares, alors même qu'aucun des migrants concernés n'avait transité par la Bulgarie. Dans ce pays pauvre des Balkans, situé à la charnière entre la Turquie et la Serbie, entre Moyen-Orient et Europe, les réseaux criminels ont une longue expérience dans la contrebande, le trafic de drogue et d'êtres humains. Un rapport du Département d'Etat américain l'a souligné récemment: la Bulgarie demeure "un des principaux pays d'origine pour le trafic de personnes au sein de l'Union européenne (UE)". Et ce dans un climat de relative impunité. "Il a été facile de transformer les sentiers battus par les trafiquants en canaux de passage de migrants, lesquels sont vulnérables et prêts à prendre des risques", indique à l'AFP Kamelia Dimitrova, secrétaire de la Commission gouvernementale bulgare de lutte contre le trafic d'êtres humains.


"Les Bulgares ont l'avantage par rapport aux Turcs de voyager sans visas en Europe"

En outre, "la Bulgarie a des traditions dans le transport international routier. Après la Turquie, elle compte le plus grand nombre de camionneurs en Europe", relève l'analyste Tihomir Bezlov, expert en criminalité au Centre d'étude de la démocratie (CSD) à Sofia. "Ressortissants de l'Union européenne, les Bulgares ont l'avantage par rapport aux Turcs de voyager sans visas en Europe", rappelle-t-il.


"L'accumulation rapide de gains"

Dans ce contexte, l'afflux cette année dans les Balkans de plus de 340.000 migrants prêts à dépenser plusieurs milliers d'euros pour gagner l'ouest de l'Europe est apparu comme une véritable aubaine pour les réseaux criminels bulgares.

A tel point qu'aujourd'hui, "la pression migratoire vers l'Europe implique l'essentiel du contingent criminel, car elle permet l'accumulation rapide de gains", souligne la ministre bulgare de l'Intérieur, Roumiana Batchvarova.


Le phénomène ne tarit pas

L'UE peinant à apporter une réponse commune à la crise, le phénomène ne tarit pas et des centaines de milliers de migrants espèrent pouvoir encore rallier l'Europe avant l'hiver. La grande partie du flux migratoire transite par la Grèce, où 337.000 réfugiés sont arrivées cette année, selon l'Office international des migrations.


Gagne-pain pour les pauvres

Mais la Bulgarie en elle-même représente aussi un marché pour les passeurs : plus de 16.000 migrants y ont été enregistrés cette année, et le nombre de ceux transitant incognito étant au moins deux fois supérieur, selon des estimations d'experts et de diplomates à Sofia. Explication : la plupart des migrants tentent de quitter le pays le plus rapidement possible sans se faire enregistrer, de façon à ne pas être cantonnés durant plusieurs mois dans des centres d'accueil. Une clientèle de choix pour les passeurs locaux.


"Des frontaliers gagnent des sous en transportant des migrants"

Région la plus pauvre de l'UE, la région de Vidin, à la frontière serbe, voit ainsi un nombreux croissant de paisibles particuliers s'impliquer dans le trafic de migrants. "Des frontaliers gagnent des sous en transportant des migrants dans leur voiture et les guidant vers la Serbie", explique Tihomir Bezlov. "Tout moyen de transport est bon, bus, canot, voiture, avec une préférence pour les bus qui permettent de gagner davantage", relève pour sa part Vladislav Vlachev, porte-parole du parquet de Vidin, où les poursuites contre des passeurs ont triplé au premier semestre 2015.


"Seules les mamies ne sont pas impliquées"

Contrairement à la frontière turque, où Sofia a construit une clôture de 30 km et renforcé les contrôles, avec le déploiement de jusqu'à 1.000 militaires, le passage s'effectue relativement facilement ici. "Des gens de tous les milieux s'y mettent. Seules les mamies ne sont pas impliquées", ironise le magistrat.


La complicité de certains policiers

Pour Atanas Atanassov, président d'une commission parlementaire sur le sujet, le succès des filières bulgares est nourri par la complicité de certains policiers. "L'efficacité des passeurs repose sur l'absence d'efficacité des organes de sécurité, qui se font graisser la patte", a-t-il déclaré à la télévision Nova.

 

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