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Grande-Bretagne: le Labour déchiré par des accusations d'antisémitisme

Grande-Bretagne: le Labour déchiré par des accusations d'antisémitisme
Peter Mason, secrétaire national du Jewish Labour Movement, le 25 février 2019 à LondresTOLGA AKMEN

Les accusations d'antisémitisme empoisonnent le Labour, principal parti d'opposition britannique, soulignant de profondes divisions entre ceux qui dénoncent la complaisance du chef du parti, Jeremy Corbyn, et l'aile gauche qui défend son chef.

Neuf députés travaillistes ont claqué la porte du parti ces dernières semaines, certains se disant "malades" devant l'antisémitisme dans l'organisation.

L'une des partantes, Luciana Berger, députée juive cible d'insultes antisémites et de menaces de mort, a même estimé que le parti était devenu "institutionnellement antisémite".

"Le parti n'est plus celui que j'avais décidé de rejoindre il y a 13 ans", explique à l'AFP Adam Langleben, qui a lui aussi, rendu sa carte. Cet ancien conseiller de Barnet, circonscription du nord de Londres où vit une importante communauté juive, avait attribué son échec aux élections de mai dernier au fait que "les électeurs juifs ne voulaient pas voter pour le Labour".

Des déclarations qui lui ont valu "un torrent d'insultes de membres du Parti travailliste", des "menaces de morts" et des "courriers haineux" envoyés à son domicile, raconte le trentenaire de confession juive.

Il a soumis une dizaine de plaintes au parti qui n'ont pas abouti. Excédé, il a préféré jeter l'éponge.

Ces départs ne sont qu'un épisode d'une longue série de polémiques.

- "Chasse aux sorcières" -

L'été dernier, le comité national du parti avait rechigné à adopter la définition complète de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour le souvenir de l'Holocauste (IHRA) de peur que cela empêche toute critique de la politique israélienne.

Jeremy Corbyn avait été contraint de s'excuser pour avoir défendu une fresque représentant des banquiers au nez crochu, jouant au Monopoly. Une vidéo datant de 2013 où on voit M. Corbyn, militant pro-palestinien de longue date, déclarer qu'un groupe de "sionistes" n'a "pas le sens de l'ironie" bien qu'ils "vivent dans ce pays depuis très longtemps" avait aussi mis de l'huile sur le feu.

Pour Peter Mason, secrétaire national du Jewish Labour Movement, qui représente les juifs au sein du parti, la relation entre le Labour et la communauté juive est "fondamentalement brisée".

Jenny Manson a un avis totalement différent. Pour cette co-présidente du groupe pro-Corbyn Jewish voice for Labour, les attaques ont des relents de "chasse aux sorcière" et de "maccarthysme" et visent à déstabiliser le parti de Jeremy Corbyn, dont le virage à gauche, après l'ère sociale-démocrate incarnée par Tony Blair puis Gordon Brown, a déplu à certains.

Comment le parti, dont le précédent leader, Ed Miliband, était juif, s'est-il retrouvé embourbé dans une telle polémique ?

"Dans la première moitié du XXe siècle, l'antisémitisme était le plus souvent associé à la droite britannique, à la réaction des conservateurs à la révolution russe, au mouvement fasciste britannique", explique à l'AFP David Feldman, directeur de l'Institut Pears pour l'étude de l'antisémitisme, à Birbeck, Université de Londres.

- Réseaux sociaux -

Aujourd'hui, "les études montrent que les attitudes antisémites présentes au sein du Labour ne sont pas plus répandues que dans d'autres partis". Toutefois, "deux questions politiques amènent les gens au sein du Labour, en particulier à la gauche du Labour, à parler des juifs: l'une est Israël et la Palestine et l'autre la critique populiste de gauche des élites corrompues", selon M. Feldman.

Ressurgissent dans ces discussions théories du complot et stéréotypes associés aux juifs qui trouvent une caisse de résonance sur les réseaux sociaux.

La vague d'adhésions qui a suivi l'arrivée de Jeremy Corbyn a par ailleurs transformé le Labour, devenu un parti de masse. "C'est très difficile pour les hauts responsables du parti d'exercer un contrôle à l'ère des réseaux sociaux", relève David Feldman.

"Sur les plus de 500.000 membres du Labour, quelques centaines peut-être sont des antisémites purs et durs. Si nous améliorons nos procédures, nous pouvons nous assurer qu'ils sont chassés du parti", a déclaré la semaine dernière sur Twitter Jon Lansmann, fondateur du mouvement politique "Momentum", pro-Corbyn.

En août, Jeremy Corbyn avait reconnu que le parti connaissait un "réel problème" d'antisémitisme. Mais la réponse à y apporter continue de provoquer de violentes prises de becs.

Et certains ont renoncé à "réparer" le parti, comme Adam Langleben qui soutient désormais le "Groupe Independant" créé par des ex-députés travaillistes.

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