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Grèce : après le vote de confiance, le défi du nom de la Macédoine

Grèce : après le vote de confiance, le défi du nom de la Macédoine
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras applaudit après avoir remporté un vote de confiance au Parlement à Athènes, le 16 janvier 2019LOUISA GOULIAMAKI
Grèce

Après avoir renforcé sa majorité parlementaire, Alexis Tsipras part confiant pour gagner son grand pari sur la ratification prochaine de l'accord sur le nouveau nom de la Macédoine, un vieux litige qui divise toujours les Grecs.

Le Premier ministre a remporté un vote de confiance avec 151 voix contre 148, sur 300 élus, intervenu dans la nuit de mercredi à jeudi à l'issue d'une confrontation acharnée avec les partis d'opposition.

Il a appelé son principal rival, le chef de la droite Nouvelle-Démocratie, Kyriakos Mitsotakis, à participer à un débat télévisé la semaine prochaine sur le nouveau nom de la Macédoine. Ce dernier n'a pas jusqu'ici répondu à cette invitation.

Signé en juin entre la Grèce et la Macédoine, sur le lac frontalier de Prespes (ou Prespa), cet accord rebaptise "l'Ancienne république yougoslave de macédoine (Arym)" en "République de Macédoine du Nord".

Après son adoption la semaine dernière par le petit pays voisin, le Parlement grec devra l'approuver d'ici à la fin du mois, afin qu'il puisse entrer en vigueur.

Le nom de la Macédoine, petit pays créé après l'éclatement de la Yougoslavie en 1991, ravive un vieux débat en Grèce, dont la rhétorique profite aux partis et déclenche souvent des évolutions politiques.

En tête des sondages pour les prochaines législatives, Kyriakos Mitsotakis, qui a refusé la confiance au gouvernement, ne cesse de demander des élections anticipées. Une option rejetée par Alexis Tsipras, déterminé à mener son mandat à terme, en octobre.

"Mon devoir patriotique était d'œuvrer pour essayer de lever le fardeau de ce différend", qui empoisonne les relations entre ces deux pays depuis 27 ans, a encore martelé mercredi le Premier ministre, soulignant que l'accord valorise le rôle de la Grèce dans les Balkans.

Pour que "chacun puisse juger et s'informer", le ministère des Affaires étrangères va publier dimanche l'ensemble du texte de l'accord, ont indiqué jeudi dans un communiqué les services du Premier ministre.

- "Marchandages" -

La controverse a entraîné dimanche l'éclatement de la coalition gouvernementale d'Alexis Tsipras, au pouvoir depuis quatre ans.

Son allié souverainiste et ministre de la Défense Panos Kammenos, leader du petit parti souverainiste Grecs Indépendants (Anel) et fervent opposant de cet accord, a démissionné, réduisant de facto la majorité gouvernementale aux 145 députés du parti de gauche de Tsipras, le Syriza.

Dans la foulée, le Premier ministre a demandé la confiance du Parlement, pour préparer le terrain pour le vote sur l'accord de Prespes, auquel la plupart des partis s'opposent.

Kyriakos Mitsotakis, a accusé le gouvernement d'avoir procédé à "des marchandages" pour gagner la confiance du Parlement.

Outre les 145 députés du Syriza, six députés ont voté en faveur du gouvernement dont deux de l'Anel, et quatre indépendants anciens de l'Anel, de Nouvelle-Démocratie et du parti pro-européen Potami.

Dans un contexte très polarisé, le vote sur l'accord de Prespes est un nouveau défi pour Tsipras, qui mise sur une majorité absolue de plus de 151 députés alors que, selon la Constitution, l'accord pourrait être validé avec moins de suffrages.

Au moins trois des cinq députés de Potami, dont les eurodéputés sont en faveur de l'accord, devraient voter +oui+.

Le quotidien d'opposition Ta Néa (centre-gauche) comptait jeudi "entre 149 et 154 voix", ironisant sur "l'arithmétique gouvernementale".

Les opposants de l'accord sont appelés à manifester dimanche, place Syntagma à Athènes, à l'iniative des groupes nationalistes et religieux, venant surtout du nord de la Grèce, pour défendre "notre Macédoine".

En Grèce, beaucoup considèrent que le nom "Macédoine" n'appartient qu'au patrimoine historique grec, la province du nord de la Grèce s'appelant déjà Macédoine. Certains craignent qu'une Macédoine du Nord rebaptisée ait des revendications "irrédentistes".

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