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Grèce : l'extrême droite en position de revenir au Parlement

L\'eurodéputé Georges Karatzaferis, connu pour ses saillies antisémites et xénophobes, pourrait faire revenir l\'extrême droite au Parlement grec à l\'occasion des législatives de dimanche, devenant le talon d\'Achille de la majorité conservatrice du Premier ministre Costas Caramanlis.

Crédité par les sondages de plus des 3% des voix, seuil nécessaire pour obtenir des représentants, son parti le Laos (Alarme populaire orthodoxe) serait la première formation de ce type à entrer au Parlement en 26 ans, dans un pays toujours marqué par la dictature des Colonels (1967-1974).

Apparaissant sur ses affiches armé d\'un gros gant de boxe contre \"l\'establishement\", le sexagénaire Georges Karatzaferis, journaliste de formation et principal animateur d\'une chaîne TV lui appartenant, est un transfuge du parti au pouvoir Nouvelle-Démocratie (ND), qui l\'a exclu en 2000.

Habitué des dérapages verbaux à l\'encontre des étrangers ou des juifs - il avait réclamé en 2001 un examen du rôle du Mossad dans les attentats du 11 septembre et présenté quatre néo-nazis sur sa liste régionale en 2002 - il tente désormais de présenter un profil plus lisse, centré essentiellement sur le populisme.

Refusant l\'étiquette d\'extrême droite, il a adopté il y a un mois une \"charte\" qui engage ses candidats à s\'opposer \"à tout phénomène de racisme, d\'intolérance et d\'antisémitisme\". Le texte relève toutefois que les flux migratoires menacent \"l\'homogénéité ethnique\" de la Grèce, et leur impute une \"criminalité au zénith\".

M. Karatzaféris a aussi proposé au fil de la campagne d\'ériger un \"monument au policier inconnu\" pour les agents morts en service, dénoncé les banques \"voleuses\" et promis de faire ravaler leur \"morgue\" aux grandes formations.

Faisant du contrôle de l\'immigration sa \"priorité immédiate\", il a aussi beaucoup invoqué la figure du président français, Nicolas Sarkozy. Un modèle dont il se prévaut également dans son opposition à l\'entrée de la Turquie dans l\'Union européenne, à contre-courant de la classe politique grecque.

Pour l\'analyste politique Georges Sefertzis, la montée du parti Laos dans un pays au patriotisme sourcilleux et aux préjugés antisémites vivaces, est celle d\'\"un parti classique de protestation, qui s\'adresse avant tout aux mécontents de la Nouvelle-Démocratie et à la marge aux classes défavorisées\". \"Près de 40% de nos partisans viennent de la ND\", confirmait récemment son leader.

Le Laos (un acronyme signifiant \"peuple\") est du coup devenu l\'un des principaux casse-tête de campagne pour le Premier ministre Costas Caramanlis, qui avait exclu son chef à l\'occasion d\'une opération de recentrage mais craint aujourd\'hui de voir rogner les voix nécessaires à une majorité absolue au Parlement (151 sièges sur 300).

\"La ND fait une campagne de porte-à-porte pour convaincre ses électeurs de revenir dans son giron\", relève le politologue Manolis Hairetakis, tandis que le Premier ministre a catégoriquement exclu toute perspective d\'alliance avec le Laos, au risque de provoquer de nouvelles élections.

\"Un score de 3 ou 4% pour le Laos témoignerait surtout d\'une autonomisation d\'un courant existant d\'extrême droite. Ce qui serait inquiétant serait une dynamique allant au-delà\" de ce score, juge cet universitaire.

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