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Grèce: au moins 16 migrants meurent dans un naufrage en mer Egée

Grèce: au moins 16 migrants meurent dans un naufrage en mer Egée
Un navire des gardes côtes grec à Lesbos, en février 2016ARIS MESSINIS
Grèce

Seize personnes se sont noyées et trois étaient portées disparues samedi après un nouveau naufrage de migrants en mer Egée, le plus meurtrier depuis l'accord UE-Turquie conclu il y a deux ans dans le but de tarir les arrivées de réfugiés en Europe en provenance des côtes turques.

Deux migrants ont par ailleurs péri samedi matin près de la frontière terrestre avec la Turquie, quand la camionnette qui les convoyait s'est renversée en tentant d'échapper à un contrôle, a indiqué la police locale.

Seize corps, dont ceux de six enfants, ont été repêchés au large de l'île d'Agathonissi, dans le sud-est de la mer Égée, selon la radio publique Ert.

La police portuaire a chiffré à trois les disparus, sur la base du récit des seuls rescapés, deux femmes et un homme, qui ont pu gagner la côte. Ils ont été transférés sur l'île proche de Samos, où leurs témoignages sont attendus pour connaître plus de détails sur les victimes et les circonstances du naufrage.

"Nous ne pouvons, ni ne devons nous habituer à ce que des personnes, des enfants, soient perdus en mer Égée", a réagi le ministre grec à la Politique migratoire, Dimitris Vitsas.

La solution passe par "l'ouverture de routes et des procédures sûres pour les réfugiés et les migrants et la lutte contre le trafic", a-t-il ajouté.

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés a lancé un appel similaire dans un communiqué, déplorant que 500 personnes soient mortes ou aient disparu en mer Égée depuis deux ans. Plus d'un millier de migrants, dont beaucoup d'enfants, s'étaient déja noyés dans l'étroit chenal de la mer Egée orientale lors du grand exode de 2015 et 2016.

- 'L’Europe forteresse' -

"Ces morts sont le résultat de la politique de l'Europe forteresse", a dénoncé le militant pro-réfugiés Thanassis Kourkoulas lors d'une manifestation à Athènes contre l'accord UE-Turquie.

"Open the borders" (ouvrez les frontières) ont scandé les manifestants, au nombre de plusieurs centaines, dont de nombreux réfugiés.

L'accord conclu entre les Européens et Ankara a réduit les arrivées migratoires en Grèce, qui avaient dépassé le million en 2015 et 2016.

Mais des centaines de personnes, en majorité des Syriens, des Afghans et des Irakiens, continuent de débarquer tous les mois sur les îles grecques situées à quelques encablures des côtes turques. Selon le HCR, 4.000 réfugiés sont ainsi arrivés depuis début 2018.

Les passages se sont aussi intensifiés à la frontière terrestre entre les deux pays, notamment de Turcs fuyant les purges du régime. Une femme et deux enfants se sont noyés le 13 février dans le fleuve Evros, qui marque la frontière.

- La Grèce toujours sous pression -

Vivement contesté par les organisations humanitaires car il prévoit le renvoi en Turquie de tous les arrivants, y compris les réfugiés syriens, le pacte avec Ankara est farouchement défendu par le gouvernement grec de gauche. Athènes dit vouloir éviter une reprise, jugée potentiellement déstabilisatrice, de l'exode récent.

Mais faute d'entente au sein de l'UE pour continuer à soulager la Grèce, ainsi que l'Italie, d'une partie de la charge migratoire induite par leur géographie, ce règlement a abouti au confinement des exilés arrivés après mars 2016 sur les îles grecques.

Plus de 13.000 s'y entassent actuellement, la plupart ayant déposé des demandes d'asile pour tenter d'éviter ou de retarder leur renvoi dans le pays voisin.

Les organisations de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement les conditions de vie imposées à ces populations, souvent déjà traumatisées. Leur séjour forcé alimente aussi tensions et mobilisations d'extrême droite sur les îles concernées, Samos, Lesbos, Chios, Leros et Kos.

Selon un expert grec de l'asile, le pacte avec la Turquie n'empêchera pas à terme la Grèce de devoir assurer le plus gros de l'accueil, moins de 20% des arrivants pouvant au final être renvoyés en Turquie, au risque sinon de contrevenir aux règles de protection des réfugiés.

Le pays, éreinté par huit ans de crise économique, doit aussi prendre en charge quelque 40.000 autres demandeurs d'asile et réfugiés bloqués sur son territoire après la fermeture des frontières européennes à l'hiver 2016.

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