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Italie: comment Matteo Salvini en est arrivé à distribuer les cartes

Italie: comment Matteo Salvini en est arrivé à distribuer les cartes
Matteo Salvini, chef de la Ligue, parle à la presse au palais du Quirinal à Rome, le 21 mai 2018ANDREAS SOLARO
Italie

Trois mois après les législatives, Matteo Salvini, chef de la Ligue (extrême droite), s'est imposé comme le patron de la politique italienne, même s'il ne dirige que le troisième parti du pays par ordre d'importance.

La coalition de droite comprenant quatre partis a obtenu environ 37% des voix, dont 17% pour la Ligue, contre plus de 32% au Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) dirigé par Luigi Di Maio et près de 19% au Parti démocrate (PD, centre-gauche).

Le contexte lui est favorable, avec la faiblesse de ses alliés et de ses adversaires de gauche qui sont sortis laminés des législatives. A cela s'ajoute une omniprésence sur le devant de la scène, médias sociaux entre autres.

Selon le site Mediamonitor.it qui a suivi 1.500 sources d'informations (sites internet, blogs, radios, etc..), Matteo Salvini a été cité 13.533 fois au cours de la période du 14 au 28 mai, devançant largement Luigi Di Maio ou le président Sergio Mattarella.

Matteo Salvini cultive en outre une grande détermination politique.

La Ligue apparaît "comme la formation ayant la plus grande cohérence, et qui se radicalise dans la critique de l’Europe. Et cette cohérence fait qu’ils sont plus clairement identifiables", a ainsi expliqué mercredi Marc Lazar, professeur à Sciences politiques à Paris et l'université Luiss de Rome, en marge d'un colloque.

- "Europe lepéniste" -

"Salvini est l'expression d'un homme politique ayant un contexte culturel très clair derrière lui, il fait partie de cette Europe +lepéniste+, souverainiste, de cette Europe qui se reconnaît dans une vision nationaliste (...) de l'Union européenne", renchérit le professeur Sergio Fabbrini, directeur du Département des études gouvernementales de la Luiss.

Et cette stratégie semble porter ses fruits. La Ligue est en pleine ascension dans les sondages, quand les autres partis baissent ou stagnent, avec plus de 20% des intentions de vote, ce qui lui donne confiance en elle pour dicter son agenda: le retour aux urnes où il espère un triomphe.

"Nous irons voter ensemble avec ceux qui soutiennent notre programme, car l'Italie ne peut plus être le pays qui continue à dire +oui Monsieur+ à l'Europe", a ainsi mis en garde Salvini mercredi à Pise (centre) lors d'un meeting électoral local.

L'autre clé du succès de Matteo Salvini, 45 ans, tombé très jeune dans le chaudron de la politique et en campagne électorale permanente, tient aussi à ses capacités d'orateur.

"Les capacités de communication de Salvini sont assez remarquables", juge ainsi Marc Lazar, pour qui le leader de la Ligue a parfaitement compris comment jouer "la rue contre les institutions".

Il est aussi dans une "position plutôt favorable d'un point de vue politique", ajoute M. Fabbrini qui se veut toutefois très prudent: "je ne sais pas (...) si c'est dû à ses capacités ou seulement à sa chance".

- Faiblesse des autres -

Car, "les autres acteurs, ou protagonistes, de cette phase politique sont faibles", poursuit l'expert.

"Luigi Di Maio, pourtant le leader du parti qui a recueilli le plus de voix, n'a pas de stratégie claire, et pas de bagage culturel ou idéologique qui pourraient l'orienter. Il fait donc des choix qui sont très tactiques, avec en plus peu d'expérience politique", ajoute M. Fabbrini.

M. Di Maio, 31 ans, n'avait aucune expérience professionnelle ou politique avant son élection au Parlement en 2013.

"Si nous avons fait des erreurs, nous sommes prêts à le reconnaître", a admis mardi soir Luigi Di Maio, après avoir été abandonné par Matteo Salvini sur son idée d'obtenir la destitution du président Sergio Mattarella. Tout en étant le leader de la formation la plus importante d'Italie, faisant partie de l'alliance conclue avec la Ligue, M. Di Maio a concédé ouvertement: "on ne peut pas destituer le président parce que Salvini ne veut pas". Une manière bien maladroite de reconnaître la prééminence de son encombrant allié.

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