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Italie: le Parti démocrate affaibli s'apprête à retrouver le pouvoir

Italie

Le Parti démocrate italien (centre gauche), formation pro-européenne affaiblie par des divisions internes et de piètres performances électorales, fait aujourd'hui le choix d'une alliance audacieuse avec les antisystème du M5S pour retourner au pouvoir.

Fondé en 2007, le parti compte actuellement deux hommes forts: Nicola Zingaretti, 53 ans, son secrétaire général et Matteo Renzi, 44 ans, ancien Premier ministre (2014-2016), qui a joué de sa forte influence pour favoriser la création de la nouvelle alliance de gouvernement.

Fragilisé après la victoire aux législatives de mars 2018 des Cinq Etoiles - qui ont ensuite formé un gouvernement avec la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini - il était arrivé en deuxième position lors du scrutin, s'adjugeant près de 19% des suffrages, derrière le M5S (32%) mais devant la Ligue (17%).

Les sondages le donnent aujourd'hui à 23% en termes d'intentions de vote, largement distancé par la Ligue (32%), qui a connu un essor fulgurant sous la houlette du souverainiste Matteo Salvini, mais devant le M5S (18%).

Longtemps présenté par ses nouveaux alliés Cinq Etoiles comme le parti de l'élite, le PD avait toujours exclu toute alliance avec le Mouvement antisystème.

Mais après le récent dynamitage par Matteo Salvini de la coalition M5S/Ligue, qui a plongé le pays dans la crise politique, Matteo Renzi est sorti de sa réserve pour proposer un accord avec les ennemis d'hier et éviter des élections anticipées.

Elu à la tête du parti en mars, Nicola Zingaretti qui était davantage favorable à un retour aux urnes, a finalement accepté cette solution.

Le parti espère que l'accord non seulement maintiendra Matteo Salvini à distance du pouvoir, mais lui donnera aussi le temps de se mettre en bonne position pour les prochaines échéances électorales.

Il devra d'abord faire face en novembre à des élections régionales cruciales dans les bastions de gauche de l'Emilie-Romagne et de l'Ombrie, régions où la Ligue de Salvini a gagné du terrain.

- 'Divergences profondes' -

"Si Matteo Salvini gagne en Émilie-Romagne, le parti démocrate fondra comme neige au soleil dans la foulée", prédit le philosophe Massimo Cacciari dans le quotidien La Stampa.

Alors qu'il était confronté à la crise migratoire depuis plusieurs années, le PD a dû abandonner le pouvoir l'an passé à Matteo Salvini que sa politique anti-migrants a fait grimpé dans les sondages.

Selon les observateurs, son alliance avec le M5S risque de faire perdre aux démocrates-sociaux une partie de leurs électeurs, écœurés par l'association du Mouvement antisystème avec l'extrême droite de Salvini.

"Les faiblesses internes au PD ajoutées aux divergences profondes avec le M5S n'apporteront rien de bon à l'Italie ou au parti", a déclaré mercredi l'ancien ministre de l'Industrie Carlo Calenda, alors qu'il annonçait son intention de quitter le PD.

Certains craignent que Matteo Renzi - qui a exclu tout rôle de premier plan au sein du gouvernement à naître - se prépare à trahir le parti en le divisant dans les prochains mois dans une tentative de revenir au pouvoir.

L'ancien maire de Florence, qui avait porté le PD à son plus haut historique aux européennes de 2014 en remportant 40% des voix, avait dû démissionner avec fracas deux ans et demi plus tard du poste de Premier ministre après le "non" massif des italiens au référendum sur la réforme des institutions qu'il avait lui-même voulu.

Perçu par ses détracteurs comme un personnage autoritaire et arrogant, qui ne faisait confiance qu'à quelques élus, il conserve une forte influence sur l'échiquier politique de la péninsule.

Face à un Matteo Renzi perçu comme trop clivant, M. Zingaretti s'est positionné comme l'homme qui veut rassembler un parti fracturé.

"Le problème, c'est que les Italiens continuent de croire aux idées de droite", a déclaré à l'AFP Lorenzo Castellani, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome, ajoutant que la gauche n'était "pas en bonne santé".

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