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Italie : pour les jeunes diplômés, l'avenir est ailleurs

Italie : pour les jeunes diplômés, l'avenir est ailleurs
Une bibliothèque de l'université de Rome le 7 novembre 2012TIZIANA FABI
Italie

Dans sa chambre à Naples, Imma Arco boucle sa valise. Comme beaucoup de jeunes Italiens, cette pharmacienne de 28 ans se prépare à quitter le pays, faute d'y trouver un emploi stable.

"Il y a beaucoup de corruption en Italie, ce qui rend la situation très difficile", explique-t-elle. "J'espère qu'en Angleterre, je me sentirai mieux considérée".

En dépit de toutes les promesses en vue de réduire le chômage des jeunes pendant la campagne, la moitié des jeunes de 18-25 ans -- la tranche d'âge qui ne peut d'ailleurs pas élire les sénateurs -- n'iront pas voter pour les législatives dimanche.

Et même si certains se retrouvent dans le discours anti-système du Mouvement 5 étoiles (populiste), voire dans la Ligue (extrême droite), beaucoup se préparent à voter en prenant leur valise.

"Quel que soit le résultat du vote, je ne pense pas que cela change", regrette Imma Arco.

L'Italie peine toujours à se remettre de la crise économique de 2008, avec un PIB encore près de 6% plus bas qu'à son niveau d'alors. Et les jeunes sont parmi les premiers à en payer le prix: le taux de chômage des 25-34 ans dépasse encore 17%.

- Précarité -

Selon les derniers chiffres de la fondation Migrantes, en 2016 plus de 50.000 d'Italiens âgés de 18 à 34 ans sont partis chercher un meilleur avenir à l'étranger.

Après avoir obtenu son diplôme de pharmacienne et un master en gestion, Imma Arco a enchaîné pendant cinq ans les emplois temporaires et mal payés à Naples, Rome et Sienne.

"En Italie, au-delà de 30 mois, les entreprises doivent vous embaucher en CDI ou vous laisser partir", constate-t-elle amèrement. "Et évidemment ils vous laissent partir, parce que cela ne les arrange pas d'investir en vous alors que tant d'autres font la queue dehors".

Ces derniers jours, 22.000 candidats ont passé le concours pour 365 postes ouverts au sein de l'administration des retraites. En janvier, ils étaient 5.000 pour un poste d'infirmière à Parme.

"Notre marché du travail se caractérise par une offre de travail restreinte, une asymétrie entre les diplômes des étudiants et les besoins du marché ainsi que l'attitude des entreprises vis-à-vis des nouveaux employés", explique Ivano Dionigi, président d'Almalaurea, une association qui aide les diplômés à trouver du travail.

Son action se heurte aussi à la culture du "piston", encore très forte en Italie, où 85% des entreprises sont familiales selon une étude de l'OSCE.

- 'Commencer une famille ?' -

"Souvent dans les entreprises italiennes, le père transmet la direction à son fils. Pas toujours diplômé, le fils hésite à embaucher un diplômé. A l'étranger, les emplois se jouent plus sur le mérite", explique M. Dionigi.

Ce manque de perspectives pour les jeunes adultes influe aussi sur la démographie: avec une moyenne de 1,34 enfant par femme, l'Italie a le taux de natalité le plus faible de l'Union européenne, selon Eurostat.

"C'est très difficile d'organiser sa vie personnelle si on ne trouve pas un emploi stable", explique Imma Arco. "Peut-on envisager de s'installer si on sait qu'on doit déménager ? Comment commencer une famille ? Je ne peux même pas envisager un abonnement permanent à un club de gym".

Et alors que l'Italie a déjà l'une des populations les plus âgées au monde, derrière le Japon et l'Allemagne, cette "fuite des cerveaux" coûte très cher.

Selon le niveau d'étude, un diplômé italien coûte de 90.000 à 230.000 euros, selon M. Dionigi: "C'est un suicide pour une nation d'investir autant dans la formation de ces talents et de les laisser partir vers d'autres pays".

D'autant que selon un rapport de son organisation, la moitié des jeunes qui s'en vont n'ont aucune envie de revenir. "Si les jeunes n'ont pas la confiance ou l'espoir, le pays risque de s'effondrer", prévient-il.

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