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L'ETA met un point final à la dernière insurrection armée d'Europe occidentale

L'organisation séparatiste basque ETA a annoncé jeudi sa dissolution et la fin de toute activité politique, mettant un point final à la dernière insurrection armée d'Europe occidentale qui a fait plus de 800 morts et des milliers de blessés pendant des décennies d'attentats.

Dans une "déclaration finale" datée du 3 mai et distribuée à la presse à Genève, l'organisation clandestine dit avoir "démantelé l'ensemble de ses structures" et "mettre fin à toute activité politique".

Dans un enregistrement audio en ligne sur la plateforme internet du journal basque Gara, relais privilégié de l'organisation pour ses communiqués, le texte est lu en différentes langues par un chef historique de l'organisation, Jose Antonio Urrutikoetxea, dit Josu Ternera, en fuite depuis 2002, et l'"etarra" emprisonnée Marixol Iparragirre.

L'ETA assure avoir pris cette décision "pour que le processus en faveur de la liberté et de la paix continue à travers d'autres voies. C'est la conséquence logique de la décision adoptée en 2011 d'abandonner la lutte armée".

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy avait dénoncé par avance un coup de "propagande" et prévenu que l'ETA n'obtiendrait "pas d'impunité pour ses crimes". "Nous ne lui devons rien et nous n'avons à lui être reconnaissants de rien".

Fondée en 1959 sous la dictature de Francisco Franco, l'ETA a fait au moins 829 morts dans une campagne d'assassinats et d'attentats à la bombe en Espagne et en France, au nom de l'indépendance de "Euskal Herria", le Pays basque espagnol et français et la Navarre.

Décimée par les arrestations de ses chefs, rejetée par la population, l'organisation classée comme terroriste par l'Union européenne avait renoncé à la violence en 2011 et livré ses armes l'année dernière.

Elle avait franchi un pas supplémentaire dans un message diffusé le 20 avril en demandant pardon aux victimes qui n'étaient pas parties au "conflit".

L'opinion avait froidement accueilli cette déclaration laissant entendre que les autres, comme les policiers, étaient des cibles légitimes.

L'annonce de la dissolution devait être suivie vendredi d'une "conférence internationale" à Cambo-les-bains, au Pays basque français, où sont attendus l'ancien chef du Sinn Féin irlandais Gerry Adams et des représentants de plusieurs partis espagnols qui seraient ainsi garants de la bonne foi de l'ETA.

"L'ETA devait (cette dissolution) à la société basque et à l'ensemble de l'humanité", a déclaré jeudi le président de la région basque, le nationaliste Iñigo Urkullu, dans une interview au journal El Pais. Elle n'aurait jamais dû exister".

- 358 crimes encore inexpliqués -

Beaucoup de victimes de l'ETA ne sont pas prêtes à pardonner le sang versé pendant les années de plomb.

Dans une conférence de presse à Saint-Sébastien, la ville basque qui a connu le plus d'attentats, le Collectif des victimes du terrorisme (Covite) a exigé que l'ETA condamne la terreur et aide à élucider 358 crimes encore inexpliqués.

"L'ETA continue d'humilier les victimes, cette fois par la bouche d'un terroriste en fuite", écrit aussi l'Association des victimes du terrorisme (AVT) dans un communiqué, en référence à la lecture par Josu Ternera de la dissolution du groupe.

L'immense majorité des Basques rejette la violence, mais une minorité réclame encore l'indépendance.

La coalition séparatiste EH Bildu, second parti au parlement basque, a recueilli 21% des voix aux élections régionales de 2016.

Son président Arnaldo Otegi, ancien membre de l'ETA et un des premiers à avoir milité dans l'organisation pour l'abandon de la lutte armée, devait tenir une conférence de presse à 17H00 locales (15H00 GMT) à Saint-Sébastien.

Bildu demande, comme le Parti nationaliste basque de M. Urkullu, que les quelque 300 prisonniers de l'ETA qui purgent leur peine en Espagne et en France puisse être incarcérés plus près de leurs familles.

Dans El Pais, M. Urkullu exprime l'espoir d'un changement de la politique pénitentiaire.

Aux attentats de l'ETA avait répondu une "sale guerre": assassinats de membres de l'ETA par des groupes para-policiers, et tortures aux mains de la police.

Ces victimes-là demandent, comme l'ETA, que cette violence soit prise en compte.

"Si l'on ne reconnaît pas une partie de la souffrance, il est très difficile de réunir les conditions de la réconciliation", a déclaré à l'AFP Ane Muguruza, 28 ans.

Son père Josu -- un député de Herri Batasuna, bras politique de l'ETA -- a été assassiné en 1989 par des militants d'extrême droite dont elle croit qu'ils avaient l'aval de l'Etat.

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