L'indépendantiste exilée en Suisse voudrait rentrer en Catalogne

L'indépendantiste exilée en Suisse voudrait rentrer en Catalogne
L'indépendantiste catalane Anna Gabriel, le 22 février 2018 à GenèveHarold Cunningham

L'indépendantiste catalane Anna Gabriel, exilée en Suisse pour échapper à une éventuelle incarcération, voudrait retourner en Catalogne, mais elle estime que la démocratie en Espagne a reculé et que sa justice n'est plus impartiale.

"Si je pouvais choisir, je choisirais d'être une citoyenne libre qui pourrait rentrer chez elle maintenant", a-t-elle assuré dans un entretien à l'AFP réalisé jeudi soir.

Anna Gabriel, 42 ans, est l'ex-porte-parole parlementaire du parti d'extrême-gauche indépendantiste CUP (Candidature d'unité populaire). La justice espagnole a lancé un mandat d'arrêt à son encontre, mais celui-ci est applicable uniquement en Espagne.

Selon la justice, elle aurait appartenu à un "comité stratégique" chargé de mener la Catalogne vers l'indépendance.

En Espagne, "les droits fondamentaux ne sont plus garantis", a expliqué Mme Gabriel, appelant à ne pas laisser "l'Etat espagnol reculer en matière de démocratie".

La justice "n'est pas impartiale et je ne pense pas que j'aurais un procès équitable", a-t-elle assuré.

Elle est la dernière séparatiste catalane à avoir quitté le pays depuis que Carles Puigdemont, président destitué de la Catalogne, et quatre anciens membres du gouvernement régional sont partis en Belgique, peu de temps après une tentative avortée de sécession d'avec l'Espagne.

"Je n'ai pas abandonné l'Etat espagnol par choix. Je n'ai pas fui la justice, je veux la justice", a expliqué l'indépendantiste.

L'exil n'est pas une "option facile mais (...) les personnes emprisonnées méritent que l'on fasse entendre leurs voix", a-t-elle relevé.

"Je ne peux pas revenir librement chez moi, aussi je suis triste, ma situation personnelle me préoccupe, mais aussi celle en Catalogne et dans l'ensemble de l'Etat espagnol", a-t-elle poursuivi.

"Et si l'Etat espagnol venait à demander l'extradition, nous considérerions approprié de présenter une demande d'asile" en Suisse, a-t-elle dit.

- Négocier avec l'Espagne -

Mme Gabriel avait justifié sa décision un peu plus tôt cette semaine dans des médias suisses, expliquant qu'elle jugeait excessives les enquêtes policières, judiciaires et les inculpations visant des centaines de personnes pour leur rôle dans la tentative de sécession en Catalogne.

"J'ai décidé de venir à Genève, tout d'abord parce que la Suisse est un pays où s'exerce de façon habituelle le droit de vote sur de multiples sujets", a-t-elle expliqué.

En outre, Genève est une "ville internationale" et "je pense que dans cette ville nous pouvons rencontrer beaucoup de personnes qui travaillent dans le domaine des droits de l'homme".

Anna Gabriel, qui était jusqu'à son exil professeur de droit dans une université en Catalogne, a confié vouloir oeuvrer dans le domaine des droits de l'homme en Suisse, un sujet qui l'"interpelle en tant que citoyenne".

Interrogé cette semaine sur la possibilité d'une extradition, un porte-parole de l'Office fédéral suisse de la Justice, Folco Galli, a répondu à l'AFP que "selon les bases légales relatives à la coopération entre la Suisse et l'Espagne (...) la Suisse n'accorde pas - comme la plupart des autres Etats - l'extradition et toute autre forme d'entraide judiciaire pour des délits politiques".

Mme Gabriel indique pour sa part ne pas avoir eu pour l'instant de contact avec les autorités helvétiques et ne pas avoir reçu d'offre d'emploi.

"Notre agenda va se développer en fonction de la réaction de l'Etat espagnol. Espérons que notre agenda soit celui des négociations avec l'Etat espagnol", a-t-elle conclu.

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