En ce moment
 
 

Ukraine: l'humoriste Zelensky en position de force pour le second tour

Russie

L'humoriste novice en politique Volodymyr Zelensky, largement en tête lundi du premier tour de la présidentielle en Ukraine, aborde en position de force son duel avec le sortant Petro Porochenko, dans un climat de défiance à l'égard d'une classe politique rongée par la corruption.

Le comédien de 41 ans, connu pour ses spectacles de stand-up et son rôle de président dans une série, a dépassé toutes les prévisions, en dépit des critiques de ses détracteurs quant au flou de son programme et des doutes émis sur sa capacité à gouverner, dans un pays en guerre et au coeur de tensions entre Russie et Occidentaux.

Dimanche, il a obtenu 30,25% des voix, selon les résultats publiés par la Commission électorale après dépouillement de plus de 92,55% des bulletins.

Il attaque donc la campagne du second tour, le 21 avril, avec une avance considérable sur le président sortant Petro Porochenko, 53 ans, qui a recueilli 15,94% des suffrages.

En tête des sondages en début de campagne, l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, 58 ans, est éliminée avec seulement 13,39%.

La Commission électorale a indiqué n'avoir constaté aucune infraction majeure et les observateurs internationaux ont salué l'organisation de ces élections jugées "pluralistes", offrant "un large choix" aux électeurs et donnant lieu à un vote "transparent" et un décompte marqué par "très peu de violations".

L'Union européenne a souhaité dans un communiqué un "second tour libre, honnête et transparent", soulignant la nécessité de "s'en tenir aux principes démocratiques, de respecter la volonté du peuple ukrainien et d'éviter de provoquer des tensions inutiles".

- Crainte de "chaos" -

Au total, 39 candidats étaient en lice au premier tour, un record pour ce pays de 45 millions d'habitants aux portes de l'UE, devenu l'un des Etats les plus pauvres d'Europe. L'Ukraine s'est brouillée avec la Russie et s'est résolument tournée vers l'Occident, mais elle traverse la pire crise depuis son indépendance en 1991.

L'arrivée de pro-occidentaux au pouvoir en 2014 a été suivie par l'annexion de la péninsule de Crimée par la Russie et par un conflit armé avec des séparatistes prorusses dans l'est, qui a fait près de 13.000 morts.

Candidat atypique, humoriste et entrepreneur du spectacle, Volodymyr Zelensky n'a pas mené de campagne traditionnelle, préférant se produire sur scène avec sa troupe de stand-up et s'exprimant davantage sur les réseaux sociaux qu'à la télévision et dans les journaux.

Si ses partisans voient en lui un nouveau visage dans un paysage politique sclérosé, il est accusé par certains d'être manipulé par le sulfureux oligarque Igor Kolomoïski, ce qu'il dément.

Volodymyr Zelensky s'est félicité dimanche soir d'"un premier pas vers une large victoire".

Favorable comme ses principaux rivaux à un maintien du cap pro-occidental pris par l'Ukraine depuis cinq ans, il juge cependant inévitable un dialogue avec la Russie.

S'exprimant souvent en russe, sur scène ou dans la vie courante, il n'a pas fait campagne sur les questions identitaires qui ont souvent divisé les Ukrainiens depuis l'indépendance, ce qui lui a permis d'obtenir des scores élevés dans les régions russophones.

Le Kremlin a dit lundi espérer une victoire "non pas du parti de la guerre mais d'un parti souhaitant un vrai règlement par étapes de la situation au sud-est de l'Ukraine", laisser pointer une préférence pour Volodymyr Zelensky.

Pour l'analyste Anatoly Oktyssiouk du centre Democracy House à Kiev, le comédien "va gagner", le président actuel ayant atteint un "plafond" dans son soutien: "C'est une réaction aux scandales de corruption, une protestation contre de vieilles élites".

"On n'a pas envie d'avoir des retraités au pouvoir", a tranché Lioudmila, originaire de Zapirijia, qui a voté pour l'humoriste.

Mais Pavlo Boïko, un habitant de Kiev, a dit "ne pas considérer Zelensky comme un politique": "Personne ne sait ce qu'il va se passer. Je ne pense pas qu'il y ait des changements radicaux. Mais ce sera le chaos", a-t-il averti.

Crédité du rapprochement avec les Occidentaux, d'avoir redressé une armée en ruines et lancé des réformes économiques, le président Petro Porochenko est accusé d'avoir renâclé à lutter contre la corruption, ce que réclamait le soulèvement du Maïdan qui l'avait porté au pouvoir il y a cinq ans.

"C'est une dure leçon pour moi", a concédé Petro Porochenko, remerciant ses électeurs qui ont "soutenu l'orientation vers l'Otan, l'Union européenne et une indépendance définitive vis-à-vis de la Russie"

Vos commentaires