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La Grèce confrontée à sa plus grande vague migratoire depuis 2016

Grèce

"On gère au jour le jour", soupire un garde-côte grec, à l'arrivée d'un nouveau groupe de migrants, le cinquième de la journée, sur une plage de l'île de Lesbos en Grèce, confrontée à sa plus grande vague migratoire depuis 2016.

Sur la rive de Skala Sykamineas, au nord de Lesbos, "plus de 250 personnes sont arrivées en un seul jour", mardi, explique à l'AFP Patrick Foley, qui coordonne ici les secours pour l'ONG suédoise Lighthouse Relief.

"Nous avons assisté plus de 5.000 personnes en deux mois", ajoute-t-il, alors que deux nouveaux bateaux chargés d'une cinquantaine de migrants ont accosté mercredi matin.

"On a connu une escalade énorme depuis deux mois", observe-t-il, dans un contexte de nouvelle crise migratoire en Grèce, quatre ans après l'arrivée d'un million de demandeurs d'asile sur les îles grecques.

En septembre, 10.258 migrants ont débarqué sur les îles grecques depuis les rives turques voisines, en majorité des familles afghanes et syriennes, selon le dernier décompte du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies.

"La Grèce vit de loin la pire période" depuis 2016, quand l'Union européenne et la Turquie ont signé un accord pour réduire le flux migratoire, juge le ministre adjoint à la protection civile Lefteris Oikonomou.

"Chaque mois, il en arrive plus que le même mois de l'an dernier", renchérit Patrick Foley.

En mai, son ONG a aidé 70 migrants à accoster en sécurité sur les plages de Lesbos et à leur offrir un hébergement temporaire.

Ce chiffre a dépassé les 2.800 arrivées en septembre, à peu près autant en août, précise-t-il.

Pour lui, l'avenir "est vraiment imprévisible: on peut revenir à une situation normale du jour au lendemain, c'est peut-être une tendance à court terme ou au contraire continuer à augmenter", estime-t-il.

Le pic des arrivées sur les îles égéennes met en péril un réseau d'hébergement pour les migrants déjà complètement engorgé.

Les cinq "hotspots" sur les îles de Lesbos, Samos, Kos, Chios et Leros abritent plus de 26.000 migrants et réfugiés pour à peine plus de 6.000 places.

Dans un environnement insalubre, les exilés vivent dans des conteneurs de frêt ou sous des tentes de fortune et se plaignent de devoir attendre des heures pour avoir à manger, prendre une douche ou utiliser les toilettes.

- Conditions "inhumaines" -

"Garder des gens sur les îles dans de telles conditions d'insécurité est inhumain et doit prendre fin", souligne le HCR, dans un communiqué publié mardi.

Une réfugiée est morte et 17 migrants ont été blessés dimanche dans un incendie, suivi d'émeutes.

Le HCR exhorte "les autorités grecques à accélérer leur projet de transférer sur le continent plus de 5.000 demandeurs d'asile déjà autorisés à poursuivre leur procédure de demande d'asile", ajoute le HCR.

"En parallèle, de nouvelles places d'hébergement doivent être fournies pour alléger la pression des îles vers le continent grec où la plupart des sites ont la capacité" de les accueillir, précise encore l'agence onusienne.

En Grèce, beaucoup estiment que la Turquie n'en fait pas assez pour freiner le flux migratoire dans la mer Egée, dont les traversées périlleuses font des centaines de noyades par an.

Mais, selon Patrick Foley, c'est la crainte d'une arrestation en Turquie qui pousse les migrants, en particulier les Afghans, à se rendre en Grèce le plus rapidement possible.

"Beaucoup de personnes venant d'Afghanistan ont passé à peine deux semaines en Turquie avant d'entreprendre la traversée", en sachant "à peu près" ce qui les attend dans les camps grecs, rapporte le coordinateur de l'ONG.

Mais ils "pensent que les choses ne peuvent pas être pires", lâche-t-il.

Le gouvernement grec conservateur, issu des urnes le 7 juillet, a affiché sa volonté de renvoyer en Turquie quelque 10.000 migrants d'ici fin 2020, en vertu du pacte entre Bruxelles et Ankara de mars 2016.

Le ministre grec chargé de l'immigration se rend à Ankara mercredi pour s'entretenir avec le ministre turc de l'Intérieur.

Le commissaire européen aux questions migratoires Dimitris Avramopoulos vient en Grèce vendredi.

Athènes a promis de continuer à transférer des réfugiés des îles vers le continent.

Mais à un tel rythme d'arrivées, le désengorgement des camps sur les îles sera rapidement neutralisé.

Quelque 250 réfugiés ont été transférés lundi au Pirée, autant que de migrants débarqués à Lesbos le lendemain.

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