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La justice belge refuse d'extrader le rappeur espagnol Valtonyc vers Madrid

La justice belge refuse d'extrader le rappeur espagnol Valtonyc vers Madrid
Le rappeur espagnol Jose Miguel Arenas Beltran, connu sous le nom de Valtonyc, s'exprime devant la presse après le refus de la justice belge de l'extrader en Espagne, à Gand (Belgique) le 17 septembrJOHN THYS

La justice belge a rejeté lundi la demande de remise à l'Espagne du rappeur Valtonyc, condamné dans son pays pour "apologie du terrorisme" dans ses chansons et actuellement exilé en Belgique, ont annoncé ses avocats.

"L'exécution du mandat d'arrêt européen a été rejetée par la chambre du conseil", du tribunal de Gand (nord), a confirmé un peu plus tard le parquet de la cité flamande dans un communiqué, soulignant qu'il faisait appel de la décision.

"Le juge a décidé qu'il n'y aurait pas d'extradition et a rejeté les trois chefs d'accusation", a affirmé Me Simon Bekaert, l'un des avocats du rappeur majorquin, à l'issue de l'audience.

Les conseils ont expliqué que les incriminations retenues par la justice espagnole n'avaient pas d'équivalent dans le droit belge.

Dans les paroles de ses chansons, le rappeur de 24 ans évoque le meurtre de membres du gouvernement, de la famille royale et de partis de droite.

"Je suis content, mais aussi triste pour les gens en Espagne qui n'ont pas la chance d'obtenir justice comme moi ici", a réagi le rappeur devant la presse.

Une allusion aux condamnations qui ont frappé d'autres artistes et des internautes pour des messages considérés comme faisant l'apologie du terrorisme, en vertu d'une législation espagnole critiquée par Amnesty International.

De son vrai nom José Miguel Arenas Beltran, Valtonyc est visé depuis le 24 mai par un mandat d'arrêt international émis par la justice espagnole.

Il a été constaté ce jour-là qu'il était "en fuite" à cause d'une condamnation à trois ans et demi de prison pour "apologie du terrorisme", "injures à la Couronne" et "menaces", une peine confirmée en février par la Cour suprême.

"Qu'ils aient peur comme un garde civil au Pays Basque" ou "le roi a un rendez-vous sur la place du village une corde autour du cou", rappe Valtonyc en catalan dans des textes de 2012 et 2013, qui lui ont valu sa condamnation.

La justice avait considéré que ces paroles faisaient entre autres l'apologie "incontestable" des indépendantistes basques de l'ETA, organisation armée ayant ensanglanté l'Espagne jusqu'en 2011 et classée comme terroriste par l'UE.

Le rappeur s'est exilé en Belgique et réside dans les environs de Gand.

Parlant de chansons cherchant "à choquer la conscience des gens", Valtonyc s'est toujours défendu d'avoir incité à s'en prendre physiquement à qui que ce soit.

Pour son avocat Me Gonzalo Boye, ce qu'a dit le juge belge lundi "est très clair: c'est la liberté d'expression".

"Après avoir regardé +Kill Bill+, allez-vous commencer à trancher la gorge de gens avec un katana? Non. Les gens comprennent que c'est de l'art et c'est tout. Ce qui se cache derrière tout ça, c'est la persécution politique et idéologique", avait plaidé Valtonyc début juillet lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Lundi, l'ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont, qui s'était exilé en Belgique après la tentative avortée de sécession de la région fin 2017, a salué le jugement rendu à Gand.

"Je suis si heureux! Pour toi, Valtonyc. Et pour la démocratie. L'Europe est un espace de liberté où les abus de certains États deviennent finalement inacceptables", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

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