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Le Daguestan, terre de lutteurs à la réputation planétaire

Enfants, sport, education, Russie

Les yeux dans les yeux, de jeunes lutteurs en sueur répètent inlassablement leurs prises dans l'espoir d'égaler leurs aînés, dans une région célèbre pour former des athlètes parmi les meilleurs au monde dans cette discipline: le Daguestan.

La peinture du centre d'entraînement de Kaïakent n'est pas de première fraîcheur. Mais dans cette république du Caucase russe, la lutte reste immensément populaire.

Ces dernières années, le Daguestan a fourni un nombre croissant de champions de lutte libre et lutte gréco-romaine, au niveau mondial et olympique. Le combattant Khabib Nurmagomedov, initié très tôt à la lutte et au judo, s'est même hissé au rang des stars internationales des arts martiaux mixtes (MMA).

Si bien que cette région montagneuse attire maintenant des lutteurs étrangers.

"Après avoir ouvert cet endroit en 1996, on a eu des résultats seulement au bout de quatre ou cinq ans", confirme à l'AFP Magomed Aranguereïev, l'un des entraîneurs du centre sportif de Kaïakent. "Et après six ans, nos garçons ont commencé à gagner en Europe, puis aux championnats du monde".

Au départ, l'école de Kaïakent ne disposait pas de tapis d'entraînement. Il a fallu attendre la fermeture, après un incendie, d'un centre sportif dans une ville plus grande pour que la petite école obtienne de nouveaux équipements.

Désormais, le centre est au maximum de ses capacités. Certains jours, plus de 60 garçons s'y entraînent.

"Aujourd'hui, on ne peut plus accueillir personne, nous n'avons plus de place", constate Magomed Aranguereïev depuis son bureau où sont alignés des dizaines de trophées et de photos de lutteurs locaux devenus des champions internationaux.

- Tradition ethnique -

Au Daguestan, la lutte est le "sport numéro 1", selon M. Aranguereïev. Les racines de cette popularité remontent aux formes de combat traditionnelles pratiquées par les nombreuses ethnies du Caucase.

"C'est une tradition vieille d'au moins 100 ans. Nos arrière-grands-parents luttaient déjà et on pratique la lutte même dans les hautes montagnes", souligne Gaïdar Gaïdarov, entraîneur dans une célèbre école de lutte à Makhatchkala, la capitale de la République du Daguestan.

Gaïdarov n'entraîne pas seulement des sportifs locaux: son école ouvre ses portes à des sportifs étrangers qui n'ont pas peur de s'aventurer au Daguestan, une région russe voisine de la Tchétchénie et qui a déjà été touchée par l'islamisme radical.

Parmi eux, l'Italien Frank Chamizo, né à Cuba, est devenu l'année dernière champion du monde dans sa catégorie. Le Français Saifedine Alekma, lui, est venu en stage pendant un mois au Daguestan après avoir vu son niveau stagner en France.

- "Les meilleurs lutteurs au monde" -

"Le Daguestan, c'est la meilleure région du monde, que ce soit en MMA ou en lutte libre. On y trouve les meilleurs lutteurs du monde", affirme M. Alekma, 27 ans, originaire de Moselle, dans l'est de la France.

"Rien que dans cette salle, il doit y avoir 20 ou 30 champions du monde ou champions d'Europe, que ce soit cadets, juniors ou seniors...", lance-t-il.

Les lutteurs et combattants victorieux deviennent des icônes au Daguestan.

En avril, Khabib Nurmagomedov, originaire de Makhatchkala, a été le premier musulman et le premier Russe à remporter un titre de champion UFC (Ultimate Fighting Championship) - le principal organisateur de combats MMA: à son retour au Daguestan, la police à l'aéroport a dû escorter le champion, accompagné de son père, à travers une foule de 2.000 personnes.

Nurmagomedov, qui concourt dans la catégorie des poids légers (plus de 65,77 kg et au maximum 70,31 kg), détient le plus grand nombre de victoires d'affilée de l'histoire des MMA. Il doit affronter début octobre à Las Vegas l'Irlandais Conor McGregor, star planétaire de l'UFC.

"Ici au Daguestan, les gens aiment la lutte. Nos garçons veulent gagner", commente l'entraîneur Gaïdarov.

"Je pense que c'est génétique. Nos grands-parents faisaient de la lutte, nous en avons fait et nos enfants continueront à en faire", prédit-il.

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