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Le futur commissaire européen italien Paolo Gentiloni, un social-démocrate modéré

Le futur commissaire européen italien Paolo Gentiloni, un social-démocrate modéré
L'ancien Premier ministre italien Paolo Gentiloni, choisi par Rome pour siéger à la Commission européenne, arrive à la chambre des députés le 28 août 2019.Andreas SOLARO

L'ancien Premier ministre Paolo Gentiloni, choisi par l'Italie comme futur commissaire européen, est un social-démocrate modéré qui revient sur le devant de la scène internationale comme porte-drapeau de l'inédite majorité entre l'inclassable Mouvement 5 Etoiles et sa formation, le Parti démocrate (centre-gauche).

En retrait depuis son départ en juin 2018 de la présidence du Conseil, cet aristocrate de 64 ans faisait figure de sage de la politique, distillant avec parcimonie dans les médias ses critiques à l'égard de l'instable coalition formée par le M5S et la Ligue du souverainiste Matteo Salvini, qui lui avait succédé au pouvoir.

"Ce populisme nationaliste me fait peur. La vague souverainiste, amplifiée par la crise et soutenue par certains grands pays, est une menace pour le système libéral. Pour se défendre, il convient avant tout d'éviter la contagion. Etre solidement, fièrement +impopulistes+. Ce qui est tout le contraire d'être impopulaires", écrivait-il dans son livre, "Le défi im-populiste", sorti en novembre 2018.

Dans cet ouvrage, il revient sur son expérience aux commandes de l'Italie où il avait été propulsé en décembre 2016 après l'échec du référendum constitutionnel voulu par son vibrionnant prédécesseur Matteo Renzi.

"En tant que Premier ministre, j'ai cherché par tous les moyens d'être rassurant et de ne pas alimenter les polémiques et les attentes excessives. Certains ont considéré cette ligne de conduite trop froide mais j'en suis au contraire convaincu et fier", confiait celui que ses détracteurs trouvent "trop fade" et un brin "démodé".

"La méthode Gentiloni n'est pas synonyme de mollesse: il est fait de cette gélatine qui cache en son intérieur un noyau dur", confiait un proche de ce Romain de naissance et de coeur, au ton toujours posé et aux cheveux grisonnants.

L'ancien chef du gouvernement Romano Prodi a d'ailleurs dit de lui: "Il n'est pas froid, il est calme", dans une allusion un peu perfide au survolté Renzi.

Cette force tranquille et cette popularité, M. Gentiloni les a mises au service du Parti démocrate (PD, centre gauche), qu'il a contribué à créer en 2007 sur un regroupement de courants de la gauche anciennement communiste et de la démocratie chrétienne.

- Sang bleu et gauchiste -

Issue d'une vieille famille aristocratique romaine, ce diplômé en sciences politiques est aussi un ancien gauchiste, qui fut membre d'un mouvement maoïste dans ses jeunes années.

Journaliste pendant huit ans au sein d'un magazine écologiste, il a été dans les années 1990 le porte-parole de l'ancien maire de Rome Francesco Rutelli (1993-2001). Ce dernier qualifiait alors celui qui le protégeait des journalistes de "paravent qui fera carrière".

Adjoint au Tourisme à la mairie, il a été en charge de la préparation du Jubilé de l'an 2000 à Rome.

Avec Francesco Rutelli, il a aussi participé au mouvement réformiste de gauche lancé à la fin des années 1990, l'Ulivo, devenu en 2007 le Parti démocrate. Ce mouvement a porté le démocrate-chrétien de gauche Romano Prodi au pouvoir en 1996, puis en 2006.

C'est du reste ce dernier qui l'a fait ministre pour la première fois en lui confiant le portefeuille des Communications.

Malgré sa popularité au sein du PD, Paolo Gentiloni a échoué aux primaires de son parti pour les municipales à Rome en 2012. Mais deux ans plus tard, Matteo Renzi a fait appel à lui pour le ministère des Affaires étrangères.

A ce poste, celui que ses collaborateurs décrivent comme un perfectionniste, modéré dans ses jugements, a représenté l'Italie au moment où M. Renzi entendait lui faire retrouver toute sa place sur la scène internationale.

A Bruxelles, il a défendu son pays avec fermeté tout au long de la crise migratoire, sans que ses appels à une plus grande solidarité au sein de l'union soient vraiment entendus.

Amateur d'opéra, de bon vin, de livres et de tennis, Paolo Gentiloni est marié depuis 30 ans à une architecte. Le couple n'a pas d'enfants.

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