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Le gouvernement Sanchez, illustration d'un mouvement féministe puissant en Espagne

Le gouvernement Sanchez, illustration d'un mouvement féministe puissant en Espagne
Montage créé le 7 juin 2018 montrant le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez et ses onze ministres femmesJavier Lizón, J. J. GUILLEN

La nomination d'un gouvernement majoritairement féminin en Espagne illustre de nouveau l'importance croissante du mouvement pour les droits des femmes dans le pays, théâtre en mars d'une première "grève générale féministe" d'une ampleur inédite.

Avec onze femmes et six hommes, l'exécutif du socialiste Pedro Sanchez, qui a prêté serment jeudi, est le plus féminin que l'Espagne ait jamais connu.

Encore plus que sous le socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011) qui avait déjà fait avancer la cause des femmes en étant le premier à nommer un gouvernement paritaire.

Pour Ana María Ovejero, professeure de droit constitutionnel à l'Université européenne de Madrid, le nouveau gouvernement Sanchez répond à "tous les mouvements très importants et très intenses qui ont eu lieu en particulier en Espagne à partir de la mobilisation du 8 mars".

Ce jour là, pour la journée de la femme, des millions de personnes se sont mobilisées en participant à une grève générale "féministe" sans précédent dans le pays et à des manifestations monstre à Madrid comme à Barcelone.

Dès le matin, la radio la plus écoutée par les Espagnols, la Cadena Ser, avait perdu ses voix féminines, tandis qu'à la télévision des stars des émissions matinales avaient spectaculairement déserté les plateaux.

- Un pays pionnier face à la violence machiste -

L'affaire de la "meute" - cinq hommes condamné en avril à neuf ans de prison pour "abus sexuel" sur une femme de 18 ans lors des fêtes de Pampelune (Sanfermines) sans que les juges concluent au "viol" - a également fait descendre dans la rue des dizaines de milliers de femmes et adolescentes, au cri de "moi, je te crois ma soeur".

Mercredi, M. Sanchez a nommé des femmes à des postes clés comme Nadia Calviño, ancienne directrice du budget de l'UE, à l'Economie, l'ancienne procureure antiterroriste Dolores Delgado à la Justice, l'ancienne juge de la Cour suprême Margarita Robles à la Défense ou l'ancienne ministre de la Culture Carmen Calvo à la vice-présidence du gouvernement et à l'Egalité.

Carmen Calvo a prêté serment jeudi devant le roi Felipe VI en évoquant le conseil des "ministras" et "ministros" (femmes ministres et hommes ministres), rapidement imitée par d'autres collègues.

Elle a ensuite affirmé qu'elle travaillerait avec "rigueur et passion" pour "réduire les inégalités" entre hommes et femmes. Le Parti socialiste a ensuite annoncé que le premier texte examiné par le Parlement viserait à former les personnels judiciaires à la "violence de genre".

Une question sur laquelle l'Espagne est pionnière. En 2004, le gouvernement Zapatero avait fait adopter une loi cadre contre la violence machiste, deux ans après la création d'un observatoire spécialisé.

- Vice-présidentes -

M. Zapatero avait aussi créé à son arrivée au pouvoir le ministère de l'Egalité, supprimé ensuite par le conservateur Mariano Rajoy.

Il avait aussi nommé pour la première fois une femme vice-présidente, María Teresa Fernández de la Vega puis Elena Salgado, et une femme ministre de la Défense, Carme Chacon. Les images de cette dernière passant les troupes en revue, enceinte, avaient fait le tour du monde.

Le poste de vice-présidente est devenu depuis une tradition en Espagne, conservée par M. Rajoy, avec Soraya Sáenz de Santamaría.

Selon Ana María Ovejero, Carmen Calvo, au poste de numéro deux du gouvernement, aura plus d'envergure pour impulser des "politiques transversales" en matière d'égalité salariale, de lutte contre la violence conjugale ou de renforcement de la présence des femmes dans les conseils d'administration des entreprises.

Dans les rues de Madrid, cet exécutif majoritairement féminin était diversement accueilli.

"Il y a quelque chose qui relève de l'image, mais on voit aussi que celles qui ont été choisies sont compétentes", a estimé Adriana Asensio, une jeune vendeuse d'une boutique de vêtements du centre de Madrid, décorée d'objets marqués de revendications telles que "sororité", "égalité" ou "révolution sexuelle".

"C'est une photo pour acheter les votes de la gauche, ils croient qu'il n'y pas de féministes à droite", a au contraire lancé Isabel Redondo, une chimiste.

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