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Le procès des indépendantistes catalans, bataille judiciaire et médiatique

Le procès de douze dirigeants catalans pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017, qui débute mardi devant la Cour suprême espagnole, sera une bataille judiciaire mais aussi médiatique entre Madrid et les indépendantistes sous les yeux du monde entier.

"Nous devons faire de ce procès un outil de dénonciation, l'utiliser pour notre objectif d'indépendance de la Catalogne", assurait récemment la présidente de l'influente association séparatiste Assemblée nationale catalane (ANC), Elisenda Paluzie.

Plus de 600 journalistes de 150 médias accrédités, diffusion en direct à la télévision: le procès est l'occasion rêvée, pour les indépendantistes, de convaincre la communauté internationale et dénoncer ce qu'ils jugent être une "répression" de l'Espagne.

Mais cette fois, le gouvernement espagnol n'entend pas les laisser faire.

Le ministère des Affaires étrangères a mis sur pied un secrétariat d'État destiné à promouvoir l'image de l'Espagne à l'étranger, España Global, qui a annoncé peu avant le procès une campagne pour contrer les "attaques sans fondement de la mouvance indépendantiste".

"Notre travail va consister à démonter, avec des arguments solides et des données vérifiées, les +fake news+ mises en circulation autour de ce procès", explique à l'AFP ce secrétariat d'Etat.

España Global a lancé sur les réseaux sociaux une vidéo titrée "This is the Real Spain", sous-titrée en anglais, qui rappelle les libertés garanties en Espagne et son score de 94/100 dans l'indice "Liberté dans le monde" de l'ONG américaine Freedom House.

Y apparaissent la présidente de la banque Santander, Ana Botin, la cinéaste Isabel Coixet, ou le secrétaire général mexicain de l'OCDE, Angel Gurria, qui situe l'Espagne "au niveau des pays les plus ouverts et développés du monde".

L'arrivée au pouvoir en juin du socialiste Pedro Sanchez, qui a nommé comme chef de la diplomatie un Catalan opposé à l'indépendantisme, Josep Borrell, a entraîné un changement dans la stratégie de Madrid.

Tandis que l'exécutif conservateur de Mariano Rajoy restait stoïque devant l'hyperactivité médiatique des indépendantistes, Josep Borrell et son équipe ne ménagent pas leurs efforts pour la contrer.

"Nous engageons une étape complètement différente de celle du gouvernement Rajoy, qui nous a coûté cher en termes de désinformation", affirme le secrétariat d'Etat España Global.

Le ministère de la Justice et la Cour suprême ont en outre organisé, juste avant le procès, des rencontres avec les journalistes étrangers à Madrid. Le premier leur a remis un volumineux dossier vantant les mérites de la justice espagnole.

Et jeudi, Pedro Sanchez s'est rendu à Strasbourg pour défendre le système judiciaire espagnol devant le Conseil de l'Europe et la Cour européenne des droits de l'homme, organe que les séparatistes entendent saisir en cas de condamnation.

- 'Guerre médiatique'? -

Ces efforts de Madrid ne font que conforter la vision des indépendantistes, qui sont convaincus que leurs dirigeants sont des "prisonniers politiques" et qu'ils n'auront pas de procès équitable à la Cour suprême.

"Quand le gouvernement espagnol se voit obligé de faire une campagne de marketing et de désinformation, cela veut dire qu'ils ne sont pas sûrs d'eux", assurait récemment à Londres le responsable des Affaires extérieures du gouvernement catalan, Alfred Bosch.

Et si son département nie toute "guerre médiatique", Alfred Bosch entend faire une tournée dans les capitales européennes pour dire "la vérité" sur ce procès tandis que le gouvernement catalan va mettre à disposition des journalistes étrangers à Madrid une salle de presse pour suivre le procès "sans filtre".

En outre, la télévision publique catalane, financée par le gouvernement indépendantiste, couvrira le procès y compris en langue anglaise, pour lui donner une "dimension internationale".

Les associations indépendantistes ANC et Omnium Cultural préparent de leur côté des campagnes à destination de l'étranger, avec des vidéos en plusieurs langues et des réunions dans des capitales européennes.

Les avocats de certains accusés ont même réclamé la présence d'observateurs internationaux dans la salle, mesure rejetée par la Cour suprême qui souligne que l'audience sera publique et retransmise en direct à la télévision.

Un collectif, "International Trial Watch", créé par six associations catalanes, tentera tout de même d'envoyer des observateurs étrangers suivre le procès au sein du public ordinaire.

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