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Le rappeur espagnol Valtonyc, réclamé par Madrid, laissé en liberté par un juge belge

Le rappeur espagnol Valtonyc, réclamé par Madrid, laissé en liberté par un juge belge
Le rappeur espagnol Valtonyc lors d'une conférence de presse le 5 juillet 2018 à Bruxelles Aris Oikonomou

Le rappeur espagnol Valtonyc, réclamé par la justice de son pays pour "apologie du terrorisme" et exilé en Belgique, a été entendu jeudi par un juge belge qui l'a remis en liberté sous conditions, a appris l'AFP de source judiciaire.

La justice belge avait confirmé il y a une dizaine de jours être saisie d'une demande de remise à l'Espagne de Valtonyc, qui était peu connu avant de comparaître devant les tribunaux espagnols.

"J'ai une confiance totale dans le système judiciaire belge", a réagi le rappeur lors d'une conférence de presse à Bruxelles jeudi soir, ajoutant qu'il n'avait "jamais été en cachette" et avait "toujours été à la disposition de la justice belge".

Jeudi matin, le juge d'instruction belge qui lui a signifié le mandat d'arrêt européen délivré à son encontre à Madrid a estimé qu'il n'y avait pas de risque de fuite le concernant, selon une porte-parole du parquet de Flandre orientale (nord).

Le rappeur, qui réside actuellement dans les environs de Gand, "doit rester en Belgique et pouvoir se présenter aux autorités si on le lui demande", a indiqué de son côté son avocat Me Simon Bekaert, joint par l'AFP.

Dans un délai de deux mois maximum, la chambre du conseil du tribunal de Gand examinera la demande de remise à l'Espagne.

De son vrai nom José Miguel Arenas Beltran, Valtonyc, rappeur majorquin de 24 ans, est visé depuis le 24 mai par un mandat d'arrêt international émis par la justice espagnole.

Il a été constaté ce jour-là qu'il était "en fuite" à cause d'une condamnation à trois ans et demi de prison pour "apologie du terrorisme", "injures à la Couronne" et "menaces", une peine confirmée en février par la Cour suprême.

Dans les paroles de ses chansons, le rappeur évoque le meurtre de membres du gouvernement, de la famille royale et de partis de droite. "Qu'ils aient peur comme un garde civil au Pays Basque" ou "le roi a un rendez-vous sur la place du village une corde autour du cou", rappe-t-il en catalan dans ces textes de 2012 et 2013 qui lui ont valu sa condamnation.

La justice avait considéré que ces paroles faisaient entre autres l'apologie "incontestable" des indépendantistes basques de l'ETA, organisation armée ayant ensanglanté l'Espagne jusqu'en 2011, et classée comme terroriste par l'UE.

"Le rap est incisif, il est direct et il cherche à choquer la conscience des gens. Imaginez Tarantino enfermé pour ses films !", s'est justifié le rappeur jeudi.

"Après avoir regardé Kill Bill, allez-vous commencer à trancher la gorge de gens avec un katana ? Non. Les gens comprennent que c'est de l'art et c'est tout. Ce qui se cache derrière tout ça, c'est la persécution politique et idéologique", a-t-il ajouté.

Valtonyc est défendu par l'avocat d'origine chilienne Gonzalo Boye ainsi que par les Belges Simon et Paul Bekaert.

Ces avocats ont également été impliqués dans la défense des dirigeants indépendantistes catalans qui s'étaient exilés en Belgique à l'automne 2017, parmi lesquels l'ex-président destitué de la région Carles Puigdemont, actuellement sous surveillance judiciaire en Allemagne.

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