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Les électeurs de la diaspora hongroise, enjeu clé pour Viktor Orban

Ils sont l'objet de toutes ses attentions: les Magyars vivant dans les pays riverains de la Hongrie sont chouchoutés par le Premier ministre Viktor Orban, un électorat acquis à son parti Fidesz et dont les voix pourront s'avérer cruciales lors des législatives du 8 avril.

Visites de terrain répétées, courriers incitant ces Hongrois de souche à s'inscrire sur les listes électorales: le dirigeant aux tonalités nationalistes, qui brigue un troisième mandat d'affilée, n'a négligé aucun effort pour sécuriser ce vote qui lui était revenu à 95% il y a quatre ans.

Quelque 2 millions de Magyars vivent en dehors des frontières de la Hongrie, conséquence de la dislocation de ce pays en 1920 par le traité de Trianon, imposé après la défaite de l'Autriche-Hongrie lors de la Première guerre mondiale.

Et le sentiment d'appartenance ethnique reste vif au sein de cette diaspora, comme en témoigne l'ambiance au stade de foot de Dunajska Streda (Dunaszerdahly en hongrois), sur la rive aujourd'hui slovaque du Danube.

Chants en hongrois, drapeaux aux couleurs de la Grande Hongrie: "Notre patrie, c'est la Hongrie", explique Gabor Racz, un habitant de cette ville de 23.000 habitants.

A son retour au pouvoir en 2010, M. Orban a immédiatement perçu le parti à tirer de ce vivier électoral potentiel: il a fait adopter coup sur coup deux lois accordant à ces minorités la nationalité hongroise... et le droit de vote, y compris par correspondance.

- Démarche payante -

Si la Slovaquie, où vivent un demi-million de Hongrois de souche, a immédiatement répliqué en interdisant l'adoption d'une seconde nationalité, plus d'un million de Magyars de souche ont demandé le passeport hongrois, principalement en Roumanie, où vit plus de la moitié de cette diaspora.

Cette démarche, qui s'est accompagnée de financements pour les écoles et institutions magyarophones des pays voisins, s'est avérée plus que payante pour le Fidesz.

"Orban parle en termes nationaux et ethniques, cela interpelle les Hongrois vivant de l'autre côté des frontières", souligne pour l'AFP Nandor Bardi, historien à l'Académie des sciences de Budapest. Et le Fidesz a par la même occasion coupé l'herbe sous les pieds de son principal concurrent, le parti d'extrême droite Jobbik, relève-t-il.

L'élargissement du droit de vote à la diaspora a toutefois été vivement critiquée par l'opposition de gauche, qui estime que parmi ces nouveaux citoyens hongrois, seuls ceux qui paient des impôts en Hongrie doivent être autorisés à voter.

Une position formellement rejetée par Agota Cinege, une électrice Fidesz âgée de 30 ans issue de la minorité hongroise de Cluj, en Roumanie. "En tant que citoyens, nous devons avoir les mêmes droits qu'en Hongrie, même si nous ne payons pas d'impôts", souligne-t-elle.

- Diaspora oui, expatriés non -

L'opposition relève toutefois que paradoxalement, les Hongrois originaires de Hongrie et vivant à l'étranger ne peuvent pas, pour leur part, voter par correspondance.

"Le gouvernement pourrait facilement accorder le droit de vote par correspondance aux expatriés. Mais il ne l'a pas fait en huit ans car ce sont précisément des gens qui ont dû quitter la Hongrie à cause de sa politique", s'indigne Miklos Hajnal, porte-parole du nouveau parti centriste-libéral Momentum.

En 2014, la participation électorale de la diaspora était toutefois restée en-deça des espoirs du gouvernement.

"Orban espérait que le million de nouveaux détenteurs de passeports se transformerait en un million d'électeurs reconnaissants, mais cela n'a pas été le cas", note Robert Laszlo, analyste à l’institut Political Capital à Budapest.

Les 130.000 suffrages de la diaspora, sur un total d'un peu plus de 5 millions, avait toutefois permis au Fidesz de décrocher le siège nécessaire à M. Orban pour conserver le bénéfice de sa majorité qualifiée des deux-tiers au Parlement.

En quatre ans, les inscriptions sur les listes électorales des Hongrois de la diaspora ont doublé et pas moins de 250.000 d'entre eux devraient prendre part au scrutin le mois prochain, selon les projections.

"C'est comme si une nouvelle ville pleine d'électeurs Fidesz était subitement apparue", a relevé le commentateur Jozsef Spirk sur le site indépendant 24.hu.

Un contingent qui selon les analystes pourrait s'avérer précieux après le coup de semonce qu'a représenté pour le Fidesz la perte surprise d'un de ses bastions, Hodmezövasarhely, lors d'élections municipales le mois dernier.

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