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Les Hongrois doivent voter: donné favori, leur dirigeant ultra-nationaliste Viktor Orban n'est pas à l'abri d'une surprise

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  • Qui est Viktor Orban, le premier ministre hongrois?

 

Les Hongrois votent ce dimanche à l'occasion d'élections législatives où le Premier ministre sortant, Viktor Orban, icône des droites populistes européennes, est donné favori pour remporter un troisième mandat d'affilée, malgré un probable recul dans les urnes.

"L'avenir du pays est en jeu. Nous ne nous contentons pas d'élire les partis, le gouvernement et le Premier ministre, mais nous choisissons aussi l'avenir du pays", a déclaré M. Orban après avoir voté en début de matinée à Budapest.

Crédité d'une avance de 20 à 30 points dans les sondages et avantagé par un mode de scrutin à un tour combinant majorité simple par circonscription et proportionnelle, le parti national-conservateur Fidesz du dirigeant hongrois apparaît assuré de l'emporter, selon les experts.

La principale inconnue porte sur le taux de participation et sur l'ampleur de la victoire promise: M. Orban avait remporté en 2010 et 2014 une "super-majorité" au Parlement mais pourrait cette fois-ci devoir se contenter d'une majorité relative, ce qui serait considéré comme un sévère revers pour lui.


Une lassitude des électeurs par rapport à ses déclarations toujours plus chocs?

La gauche et le parti d'extrême droite Jobbik, qui a modéré son discours, espèrent capitaliser sur la lassitude d'une partie des électeurs envers les diatribes de M. Orban, 54 ans, contre la "menace" migratoire et contre le milliardaire Georges Soros, obsessions de sa campagne. L'opposition a fait campagne en dénonçant le clientélisme, la déliquescence des services publics et un pouvoir d'achat insuffisant qui, malgré un taux de chômage au plus bas (3,8%), conduit de nombreux Hongrois à s'expatrier.

Le Fidesz a essuyé en février un sérieux coup de semonce: un candidat unique de l'opposition, Peter Marki-Zay, avait alors remporté à la surprise générale des municipales dans un fief réputé imprenable du Fidesz, Hodmezovasarhely. "Il y a clairement une ambiance de changement de système", a estimé dimanche M. Marki-Zay, devenu une des voix les plus écoutées de la campagne.

M. Orban n'a depuis cette alerte cessé d'agiter le spectre d'une possible défaite de son camp, synonyme selon lui de chaos migratoire et de victoire d'"ennemis" qui "veulent déposséder" les Hongrois de leur pays. Il a notamment rappelé que, donné favori à l'issue de son premier mandat (1998-2002), il avait dû s'incliner aux législatives.


Viktor Orban en cinq points

Les huit années au pouvoir du Premier ministre hongrois Viktor Orban ont été jalonnées d'initiatives perçues comme des provocations par les défenseurs des droits de l'homme et ses partenaires européens.

Equilibre des pouvoirs

A peine revenu au pouvoir en 2010, M. Orban engage une vaste révision constitutionnelle gravant dans le marbre les valeurs du "christianisme" et de la "famille traditionnelle".

La réforme accroît par ailleurs l'emprise du gouvernement sur la justice et cimente le pouvoir du parti Fidesz de M. Orban dans toutes les institutions, y compris les contre-pouvoirs. Une autorité des médias est créée, qui peut sanctionner les organes de presse pour diffusion d'informations "non nuancées". Washington s'alarme alors de "la situation de la démocratie en Hongrie" et l'UE tente, sans beaucoup de succès, d'obtenir des concessions de Budapest.


La Hongrie profite beaucoup des fonds européens

Chantre autoproclamé d'une économie "illibérale", Viktor Orban s'est aussi assuré le contrôle de fait de la Banque centrale. Les attaques contre l'indépendance de cette dernière conduisent fin 2011 à une suspension de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le gouvernement adopte une série de lois augmentant la fiscalité pesant sur les grandes banques, toutes étrangères. A la suite du renchérissement du franc suisse en 2015, il impose un taux de change favorable aux nombreux particuliers hongrois qui avaient souscrit un emprunt immobilier dans cette devise.

Avec une croissance de 4% en 2017 et un chômage à son plus bas historique (3,8% en décembre), la Hongrie jouit aujourd'hui d'un indéniable dynamisme économique, en partie grâce aux fonds structurels européens dont elle est une grande bénéficiaire.


Rideau de fer et xénophobie

Ouvertement hostile à l'accueil de migrants qui, selon lui, menace de "dissolution" l'identité de la Hongrie et de l'Europe entière, M. Orban fait ériger en 2015 une clôture barbelée de plusieurs centaines de kilomètres aux frontières serbe et croate, et adopter une des législations les plus restrictives d'Europe en matière de droit d'asile.

Il s'oppose au plan de répartition de réfugiés dans l'UE adopté par les Etats membres et organise en octobre 2016 un référendum sur cette question. Des milliers d'affiches assimilant directement les migrants au "terrorisme" sont placardées dans les rues. Le "non" à l'accueil des migrants l'emporte mais la participation est insuffisante pour que la consultation soit validée. Toute la campagne électorale de Viktor Orban pour les législatives s'est focalisée sur la "menace vitale" représentée par "l'invasion migratoire".


Un admirateur de Poutine

Le Premier ministre souverainiste est un admirateur déclaré de Vladimir Poutine, qu'il a reçu à deux reprises en 2017. La Hongrie a également signé en 2014 un prêt controversé avec la Russie pour financer l'extension de l'unique centrale nucléaire hongroise. La même année, M. Orban, a cité la Russie comme modèle pour son "Etat non libéral".

Selon les groupes de défense des droits de l'Homme, le gouvernement hongrois s'est inspiré de certaines méthodes de M. Poutine en s'attaquant aux institutions indépendantes, aux ONG et à la liberté de la presse. Viktor Orban a également contribué à réactiver l'alliance régionale du groupe de Visegrad dont les membres (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) sont notamment unis par leur hostilité à l'immigration et jouent régulièrement les trublions au sein de l'UE.


L'obsession Georges Soros


Outre les migrants, les entreprises étrangères, la Commission européenne et le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Viktor Orban a tourné sa vindicte contre le milliardaire américain d'origine hongroise Georges Soros, élevé ces derniers mois au rang d'ennemi numéro un.

Selon le Premier ministre, Georges Soros veut inonder la Hongrie et l'Europe d'immigrants musulmans et africains, et les organisations qu'il finance, dont la prestigieuse Université d'Europe Centrale à Budapest, ne sont qu'un moyen pour atteindre cet objectif.

A l'été 2017, le visage du financier flanqué d'avertissements à la population a été placardé dans toute la Hongrie et des "questionnaires" contre Soros envoyés à tous les foyers. Un nouveau projet de loi intitulé "Stop Soros" veut rendre la vie encore plus difficile aux ONG. Cette campagne s'est notamment vu reprocher ses relents d'antisémitisme, Viktor Orban présentant George Soros, d'origine juive, comme figure de "l'élite mondialiste" et des spéculateurs "sans patrie".

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