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Ligue des champions: le spectacle européen, plus fort que les inégalités?

Ligue des champions: le spectacle européen, plus fort que les inégalités?
Les stars du FC Barcelone Lionel Messi (g) et Andres Iniesta en 8es de finale aller de la Ligue des champions contre Chelsea, le 20 février 2018 à LondresBen STANSALL

Barcelone? Demi-finaliste, au moins. Manchester City et Paris SG? Candidats sérieux au dernier carré, vu leurs moyens... Et pourtant, cette édition de Ligue des champions, qui s'achève samedi à Kiev, a recelé quelques surprises malgré l'accroissement des inégalités dans le football européen.

. Retourné, 'Romantada', Salah

Du retourné du Madrilène Cristiano Ronaldo, à la 'Romantada' du challenger romain face au grand Barcelone, en passant par le parcours stratosphérique du Liverpool de Jürgen Klopp, cette saison a largement contribué à la légende de la Ligue des champions.

Le début avait pourtant donné des signaux peu encourageants en terme de spectacle: lors de la phase de groupes, les riches du continent étrillaient les clubs moins puissants économiquement, bien qu'archi dominateurs chez eux. C'est l'exemple du PSG de Neymar et Kylian Mbappé qui a humilié le Celtic Glasgow, intouchable en Ecosse, 5-0, 7-1.

. Déclin de l'"équilibre compétitif"

En avril, l'observatoire du football du CIES, une fondation basée en Suisse et créée par la Fifa, avait stigmatisé le déclin de l'"équilibre compétitif" de la Ligue des champions, dans laquelle près d'un match sur trois se concluait avec un écart de trois buts ou plus.

Parmi les super-riches européens, le Real Madrid a confirmé qu'il n'entendait pas relâcher son emprise sur sa compétition préférée. Mais l'AS Rome a fait mordre la poussière à Barcelone au terme d'un quart de finale fou, et Liverpool s'est invité en finale de C1 un peu à la surprise générale.

. Du suspense... à la fin

"Certes, Liverpool est moins puissant économiquement que le Real Madrid, le Barça et le Bayern mais c'est un poids lourd européen, avec un budget clairement supérieur à 400 millions d'euros", tempère auprès de l'AFP Bastien Drut, auteur de "Mercato: l'économie du football au 21ème siècle" dont la sortie est prévue le 12 juin.

"Au sein du Top 10 européen, les différences de budget jouent mais beaucoup moins que dans les phases de poules où les gros clubs rencontrent des clubs de budget beaucoup plus modeste", explique-t-il. En d'autres termes, "le suspense est faible lors des phases de poule mais très élevé après les huitièmes de finale".

. "Au moins aussi intéressante"

La réforme du format de la Ligue des champions, qui offre la moitié des places en phase de groupes au 'Big Four' européen (Espagne, Angleterre, Allemagne, Italie), ne devrait pas remettre en cause cette équation.

"Je doute qu'il y aura moins de suspense" la saison prochaine, a estimé jeudi le président de l'UEFA Aleksander Ceferin. "Le suspense s'accroit surtout à la fin, donc je pense que cela restera pareil. Je ne peux pas dire que (la Ligue des champions) sera plus intéressante, mais ce sera au moins aussi intéressant que cela n'est en ce moment."

. "Meilleure répartition des ressources"

Cet accroissement des inégalités n'inquiète donc pas l'instance continentale? "Pour l'UEFA, l'équation est compliquée: elle est tiraillée entre les gros clubs, tentés par une super ligue européenne et courtisés par la FIFA pour une nouvelle coupe du monde des clubs, et le principe d'équité sportive", analyse Bastien Drut.

"Malgré ses efforts (fair-play financier), les derniers développements ont plutôt favorisé les gros clubs", poursuit le spécialiste, qui promeut "une meilleure répartition des ressources liées à la Ligue des champions".

. Nouvelle réforme en préparation?

Prestigieuse, lucrative, "globale", selon l'expression d'Aleksander Ceferin, la compétition européenne n'est en elle-même pas menacée par le creusement des inégalités. Dans une interview au Guardian, le président de l'influence Association européenne des clubs (ECA) Andrea Agnelli a au contraire plaidé mercredi pour un renforcement de la "Champions League", dont la phase de groupes ne serait plus partagée en 8 poules de 4, comme actuellement, mais en 4 poules de 8.

Chaque équipe disputerait alors 14 rencontres européennes avant les phases à élimination directe, démultipliant d'autant les droits de retransmission et les recettes de match. Ce serait alors les championnats nationaux qui seraient les grands perdants, car les "gros" européens voudraient jouer "moins de matches domestiques". Et les stars se ménageraient encore davantage pour les joutes continentales.

Une telle réforme, sur laquelle le président de l'UEFA est resté très prudent jeudi, pourrait enrayer la chute de l'"équilibre compétitif" en Ligue des champions, mais ce serait au risque de continuer à en faire un club de plus en plus réservé aux riches.

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