Madrid évite de tout triomphalisme après l'arrestation de Puigdemont

Le gouvernement espagnol évitait tout triomphalisme lundi après l'arrestation en Allemagne de l'ancien président indépendantiste de la Catalogne Carles Puigdemont, ce qui a déclenché de violentes manifestations dans la région toujours bloquée politiquement.

Dimanche, 92 personnes dont 23 policiers ont été légèrement blessées à Barcelone pendant les manifestations à l'appel des Comités de défense de la République (CDR), collectifs radicaux réclamant la sécession de l'Espagne. Neuf personnes ont été arrêtées.

Après ces échauffourées, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy est resté en retrait sur l'arrestation de Carles Puigdemont, poursuivi pour rébellion, qui avait fui l'Espagne après la déclaration d'indépendance avortée du 27 octobre.

"Je crois que c'est une bonne nouvelle" a commenté sobrement Soraya Saenz de Santamaria, le numéro 2 du gouvernement. "Nous sommes tous égaux devant la loi, et personne ne peut se moquer éternellement de la justice".

"Le gouvernement fait bien de garder profil bas", estime la politologue Astrid Barrio, interrogée par l'AFP.

"Toute déclaration vue comme une ingérence alimenterait la thèse que le gouvernement tente de peser sur le travail d'autres pouvoirs, en l'occurrence le pouvoir judiciaire", explique-t-elle.

Les indépendantistes catalans accusent en effet la justice espagnole d'être instrumentalisée par le pouvoir.

La discrétion du gouvernement contrastait avec les titres des journaux, notamment dans les médias hostiles aux indépendantistes.

"La fin de l'escapade" titrait El Periodico de Catalogne, "L'Allemagne met fin à la fuite et la farce de Puigdemont" pour le conservateur ABC et "La chute de Puigdemont liquide la farce du gouvernement en exil" pour El Pais.

Le parti libéral Ciudadanos, principal opposant aux séparatistes et rival du parti de Mariano Rajoy, a aussi multiplié les déclarations.

"Essayer de briser une démocratie européenne a un coût, qui se paie devant les tribunaux", a lancé son dirigeant Albert Rivera.

L'Allemagne acceptera-t-elle d'extrader Carles Puigdemont ? Sur cette question, le gouvernement de Mariano Rajoy a opté pour sa traditionnelle réserve en évitant de commenter ce qu'il considère comme "un problème judiciaire", observe Narciso Michavila, président de l'institut de sondages GAD3.

- Nouvelles élections ? -

Politiquement, Mariano Rajoy a tout intérêt à être discret car, gouvernant en minorité, il doit réunir une majorité pour voter le budget de l'État qui sera adopté mardi en conseil des ministres.

Il doit notamment obtenir le soutien des nationalistes basques qui exigent de mettre fin à la mise sous tutelle de Catalogne.

Le gouvernement a promis que la mise sous tutelle, activée le 27 octobre après la tentative de sécession des dirigeants indépendantistes, prendrait fin quand le parlement catalan investirait un nouveau président.

Or, les partis indépendantistes, qui ont conservé leur majorité absolue en sièges lors des élections régionales du 21 décembre, n'y sont pour l'heure pas parvenus, à cause de leurs divisions et de la pression judiciaire.

Si le blocage persiste, de nouvelles élections régionales devront être organisées cet été, les troisièmes en trois ans.

Selon Astrid Barrio, les séparatistes pourraient parier sur un retour aux urnes.

"De mauvais résultats leur permettraient de justifier devant les leurs des décisions qu'ils n'osent pour l'heure pas prendre", pense-t-elle.

Ils pourraient ainsi "mettre fin à cette stratégie de confrontation, dont ils savent qu'elle ne produit aucun résultat et a un coût humain seulement dans leur camp", dit-elle en référence aux séparatistes emprisonnés ou poussés à l'exil.

Neuf dirigeants indépendantistes sont en détention provisoire, accusés de rébellion, dont six membres du gouvernement destitué de Carles Puigdemont et l'ex-présidente du parlement catalan, Carme Forcadell.

Sept autres, dont l'ex-président, se sont exilés.

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