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Matteo Salvini, du sécessionnisme à l'extrême droite au pouvoir

Italie

Il a repris un parti sécessionniste au bord du gouffre et l'a transformé en une formation nationaliste triomphante: avec son slogan "Les Italiens d'abord!", Matteo Salvini a dynamité la droite italienne et porté l'extrême droite au pouvoir.

Ce Milanais volubile et décidé de 45 ans qui a très récemment effacé le mot "Nord" du nom de son parti, a d'abord dépassé dans les urnes son allié de droite Silvio Berlusconi avant de parvenir à le laisser en coulisses pour former une majorité gouvernementale avec les antisystème du Mouvement 5 étoiles (M5S).

S'il n'a pas réussi à obtenir la direction du gouvernement, il devrait prendre celle du ministère de l'Intérieur, crucial pour le tour de vis sécuritaire, anti-immigrés et anti-islam, qu'il a fait inscrire dans le programme commun.

Fils d'un chef d'entreprise, Matteo Salvini est né et a grandi dans la capitale lombarde: collège catholique, scoutisme et matches du Milan AC, puis militantisme, petits boulots et quelques cours à la fac.

Il a adhéré à la Ligue du Nord dès l'âge de 17 ans, attiré par le régionalisme, par le charisme du fondateur Umberto Bossi et par le caractère "révolutionnaire" de ce parti "redouté par le pouvoir", a-t-il raconté dans un livre.

Conseiller municipal de Milan à 20 ans, il est ensuite devenu journaliste au quotidien La Padania et à la radio Padania Libera, deux organes proches de son parti qui lui ont permis de peaufiner son aisance orale. Et en 2004, cet eurosceptique est entré au Parlement européen.

Mais à mesure que son étoile personnelle montait, son parti s'enfonçait dans la crise. Ancien ministre de M. Berlusconi, Umberto Bossi est diminué par une attaque cérébrale en 2004 puis balayé par un scandale de détournement de fonds publics en 2012. Aux législatives de 2013, le parti tombe à 4%.

- "Communiste à l'ancienne" -

C'est dans ce contexte que Matteo Salvini a pris la tête de la Ligue du Nord fin 2013. Au grand dam d'une frange originelle du parti, il en change le discours, tournant vers Bruxelles les diatribes que son mentor Bossi lançait contre le gaspillage et les "diktats" de Rome.

Ce barbu un peu rond, rétif aux costumes-cravates, toujours en colère et d'un aplomb sans faille devient omniprésent dans les médias, avec un ton direct qui s'embarrasse rarement de nuances ou du politiquement correct.

Désormais allié avec le Front national français, grand admirateur de Vladimir Poutine et de Donald Trump, il s'en prend avec virulence aux immigrés, à l'islam, à l'euro, aux unions homosexuelles...

Le soir où M. Berlusconi lui a donné dans un communiqué son feu vert pour s'allier avec le M5S, Matteo Salvini était au stade pour applaudir le Milan AC, avec sur les épaules une veste d'une marque liée aux néofascistes de CasaPound.

"J'ai tout entendu: je suis un criminel, un raciste, un fasciste", lance-t-il régulièrement, sans craindre d'aligner les contradictions: lui l'ancien militant lombard est devenu sénateur de Calabre (sud) et a fait élire sur ses listes le premier sénateur noir, un immigré nigérian.

"Je me sens plus de gauche que Matteo Renzi (l'homme fort du Parti démocrate). Je suis communiste à l'ancienne, je connais plus d'usines que ces gens qui ne fréquentent que des banquiers", raille-t-il parfois.

Il se présente aussi en défenseur des valeurs chrétiennes, malgré une critique virulente des efforts du pape François en faveur des migrants et une vie privée agitée: il a eu deux enfants -- 5 et 14 ans -- de deux femmes différentes et vit désormais avec une animatrice de télévision.

Mais son discours plaît: aux législatives de mars, la Ligue a dépassé les 17% et depuis, elle continue de monter dans les sondages.

Mais c'est surtout sur les réseaux sociaux qu'il martèle son message: à ses 700.000 abonnés sur Twitter et plus de 2,2 millions sur Facebook, il envoie à longueur de journée des commentaires, des vidéos à chaud, des photos de ses activités, de ses rencontres, de ses repas...

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