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Brexit : rencontres "musclées" à Bruxelles et nouvelles "discussions"

Brexit : rencontres
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker reçoit la Première ministre britannique Theresa May avant la réunion officielle à Bruxelles le 7 février 2019Aris Oikonomou
BREXIT

Bruxelles et Londres, toujours bloqués sur la question du filet de sécurité irlandais pour le Brexit, ont convenu jeudi d'avoir de nouvelles "discussions" pour sortir de l'impasse à l'issue de conversations "musclées mais constructives" entre Theresa May et les dirigeants de l'Union européenne.

La première poignée de main de la journée, avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, avait été polie, sans un mot. A l'issue d'une série de réunions avec les hauts responsables de l'UE, Theresa May a qualifié ses discussions de "musclées mais constructives". Et assuré qu'elle ferait en sorte que le Brexit intervienne "dans les temps". Le départ du Royaume-Uni est programmé dans cinquante jours, le 29 mars.

"Ca ne va pas être facile, mais, c'est essentiel, le président Juncker et moi-même avons convenu que des discussions allaient commencer pour trouver une façon d'y parvenir", a déclaré Mme May après son dernier rendez-vous de la journée, avec le président du Conseil européen Donald Tusk.

Ce dernier a sèchement résumé la rencontre sur Twitter : "Toujours pas de percée en vue. Les discussions se poursuivent".

Mme May "n'a présenté aucune nouvelle proposition concrète pour sortir de l'impasse", a commenté un responsable européen, sous le couvert de l'anonymat. "Tusk a suggéré que le plan de (Jeremy) Corbyn (le chef du Parti travailliste britannique) pourrait être une issue", a-t-il ajouté. Ce plan prévoit notamment de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière permanente avec l'UE.

Selon la déclaration commune de Theresa May et Jean-Claude Juncker, les discussions à venir doivent permettre de voir s'il est possible de trouver une solution qui recueillerait à la fois une majorité suffisante au Parlement britannique et "respecterait" les orientations fixées par les 27 partenaires du Royaume-Uni au sein de l'UE.

Les rendez-vous sont déjà pris : vendredi, Theresa May dînera avec Leo Varadkar, le chef du gouvernement irlandais, tandis que l'Attorney general Geoffrey Cox (chargé de conseiller juridiquement le gouvernement britannique) s'entretiendra avec son homologue irlandais à Dublin.

Et lundi, le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier rencontrera le ministre chargé du Brexit Steve Barclay. Mais Michel Barnier "n'a pas de mandat pour négocier", a souligné le responsable européen, qualifiant ces discussions d'"exploratoires".

Enfin, une nouvelle rencontre entre Theresa May et Jean-Claude Juncker se tiendra "avant la fin du mois de février", a fait savoir la Commission.

- "Modifications légalement contraignantes" -

De son propre aveu, la tâche de Mme May s'annonçait difficile jeudi, tant les Européens ont averti à de multiples reprises que l'accord de retrait, que les députés britanniques ont refusé de ratifier, n'était pas renégociable. Si les deux parties continuent d'affirmer vouloir éviter le scénario redouté d'un Brexit sans accord, elles ont cependant campé sur leurs positions.

Theresa May a répété jeudi qu'elle voulait des "modifications légalement contraignantes" de cet accord, afin de répondre aux "inquiétudes du parlement" britannique sur le filet de sécurité irlandais.

Ce à quoi Jean-Claude Juncker a répondu, une nouvelle fois, que "les 27 ne rouvriront pas l'accord, qui est un compromis soigneusement équilibré entre l'UE et le Royaume-Uni, dans lequel les deux parties ont fourni des concessions importantes".

Seul point sur lequel les Européens sont prêts à des modifications: la déclaration politique qui accompagne l'accord de retrait dans laquelle il est possible d'être "plus ambitieux en termes de contenu et de rapidité en ce qui concerne la relation future" entre Bruxelles et Londres, selon le communiqué commun.

"Mme May nous a assurés qu'il y aura un backstop, ce qu'elle avait déjà dit à Belfast, qu'il n'était pas question de le retirer", a rappelé Guy Verhosftadt, qui préside le groupe Brexit au Parlement européen.

- Piège du filet de sécurité -

La Première ministre veut toutefois s'assurer que son pays ne sera pas "piégé" dans ce "filet de sécurité", a souligné Downing Street.

Cette disposition a été introduite dans l'accord de retrait comme une solution de dernier recours destinée à empêcher le retour à une frontière physique sur l'île d'Irlande pour préserver les accords de paix de 1998.

Elle prévoit que le Royaume-Uni resterait dans une union douanière avec l'UE, et la province britannique d'Irlande du Nord dans le marché unique pour les biens, afin d'éviter des contrôles douaniers et réglementaires physiques, si aucune autre solution n'était trouvée au cours des négociations sur les futures relations entre Londres et l'UE.

Mais cette disposition cristallise le mécontentement des députés britanniques, qui craignent qu'elle ne lie indéfiniment leur pays à l'UE et menace l'intégrité du Royaume-Uni à cause du traitement spécifique réservé à l'Irlande du Nord.

Mme May n'est pas allée à Bruxelles avec une offre déterminée pour modifier le backstop. Selon Downing Street, trois possibilités sont envisageables : une limite dans le temps, une sortie unilatérale décidée par le Royaume-Uni ou un plan proposé par des députés reposant notamment sur l'utilisation de technologies pour des contrôles douaniers dématérialisés.

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