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Merkel dos au mur avant un sommet européen crucial

Merkel dos au mur avant un sommet européen crucial
Angela Merkel en conseil des ministres à Berlin le 27 juin 2018 John MACDOUGALL

En Allemagne, ses adversaires veulent son départ. A l'étranger, elle est devenue une cible de choix pour Donald Trump et de nombreux pays européens: Angela Merkel se rend jeudi affaiblie comme jamais à un sommet de l'UE crucial pour son avenir.

La chancelière allemande "a marqué pendant plus d'une décennie la politique de l'Union européenne mais à présent ses forces s'amenuisent", constate l'hebdomadaire Die Zeit à paraître jeudi.

"En décidant seule de laisser les frontières allemandes ouvertes à l'été 2015" à des centaines de milliers de migrants "elle a alimenté les émotions qui menacent à présent son mandat de chancelière", ajoute-t-il. Pour Christian Lindner, le président du parti libéral allemand FDP, Angela Merkel souffre d'"une perte d'autorité dramatique".

Les temps ont bien changé pour celle qui dirige la première économie européenne depuis bientôt 13 ans. Célébrée par les médias anglo-saxons il y a encore deux ans comme la championne du monde libre face au populisme ou comme la "reine" d'Europe, Angela Merkel est aujourd'hui attaquée frontalement.

En cause toujours et encore: son choix d'ouvrir les frontières en 2015, à l'origine déjà de la percée de l'extrême droite en Allemagne.

- Attaque de Trump -

Le président américain est allé jusqu'à apporter la semaine dernière son soutien à ceux qui combattent Angela Merkel dans son pays, affirmant sur Twitter qu'à cause d'elle, "le peuple d'Allemagne se détourne de ses dirigeants". Du jamais vu en termes d'ingérence dans les affaires intérieures d'un pays en principe allié des Etats-Unis.

La question des migrants, qui divise l'Europe, sera au centre jeudi à Bruxelles d'un sommet de l'Union européenne décisif pour l'avenir politique de la chancelière.

En Allemagne, l'aile droite de sa fragile coalition gouvernementale, le parti bavarois CSU, a lancé une offensive sans précédent contre la chancelière, alors qu'il est sur le papier allié depuis 1949 au parti démocrate-chrétien allemand (CDU) qu'elle préside.

Le président du mouvement bavarois Horst Seehofer, également ministre de l'Intérieur, menace de braver l'autorité d'Angela Merkel la semaine prochaine en fermant les frontières du pays aux migrants déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE, si la chancelière n'obtient pas des mesures équivalentes au sommet de Bruxelles.

Dans ce cas, Angela Merkel n'aurait d'autre choix que de le limoger, ce qui entraînerait probablement l'éclatement de la coalition et de nouvelles élections.

- 'Putsch de droite' -

Or, les choses se présentent plutôt mal pour la chancelière. Si les Européens semblent d'accord pour renforcer la surveillance des frontières extérieures de l'UE, très peu sont disposés à discuter du sujet important pour elle: le renvoi des migrants circulant à l'intérieur de l'UE dans le premier pays d'enregistrement.

L'Italie, gouvernée par une coalition populiste, ne veut pas en entendre parler. Et les pays d'Europe de l'Est réunis au sein du groupe de Visegrad ont réussi à enterrer les projets chers à la chancelière allemande de quotas de répartition des réfugiés.

Le chef du gouvernement hongrois Viktor Orban ne prend plus de gants avec la chancelière allemande.

Ce sont "ceux qui avaient ouvert les frontières en 2015 (qui) sont responsables du fait qu'il y a aujourd'hui des frontières entre l'Autriche et la Bavière, entre la Hongrie et l'Autriche, entre l'Italie et l'Autriche", vient-il de dire. Le chancelier autrichien Sebastian Kurz multiplie de son côté les signes de rapprochement avec la CSU bavaroise rebelle.

La chancelière centriste fait face à "un putsch de droite", estime l'un des dirigeants du parti de gauche radicale Die Linke, Bernd Riexinger.

Mais Angela Merkel a montré dans le passé qu'elle avait de la ressource. Souvent donnée proche de la fin, elle a jusqu'ici réussi à rebondir. Parviendra-t-elle à convaincre son allié rebelle CSU de rentrer dans le rang?

De premiers signaux timides d'apaisement entre les deux frères ennemis CDU et CSU ont été envoyés cette semaine.

Et les sondages lui donnent une autre lueur d'espoir: si les Allemands souhaitent une ligne dure sur les questions migratoires, ils sont une majorité à vouloir qu'elle reste au pouvoir, selon l'une des enquêtes publiée cette semaine.

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