Migrants: avec les "centres fermés", revenir à l'esprit des "hotspots", selon le chef de l'Ofpra

Migrants: avec les
Pascal Brice, directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en septembre 2015 à Cergy (Val-d'Oise)JACQUES DEMARTHON
Italie

Les "centres fermés" proposés par la France et l'Espagne pour gérer les migrants à leur arrivée en Europe permettraient de revenir à l'esprit des "hotspots", ces structures installées en Grèce et en Italie à partir de 2016, a affirmé lundi à l'AFP Pascal Brice, directeur général de l'Ofpra.

"L'idée, dans ces centres, serait d'accueillir dignement les demandeurs d'asile le temps de l'instruction de leur dossier", les déboutés devant être reconduits, a assuré le patron de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

"C'est un retour à l'essence des hotspots", a-t-il ajouté, en référence à ces centres d'enregistrement ouverts à partir de 2016 en Grèce et en Italie pour distinguer les réfugiés des autres migrants, avant leur répartition ("relocalisation") dans l'UE.

Mais ces structures n'ont pas correctement fonctionné, en Italie notamment, "parce qu'il ne s'agissait pas de centres fermés", a-t-il ajouté: les migrants pouvant en sortir, cela n'a pas permis de répartition satisfaisante.

Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, qui s'est rendu lundi à Tripoli, a toutefois fustigé cette idée: "Des hotspots d'accueil en Italie? Ce serait un problème pour nous et pour la Libye elle-même parce que les flux de la mort ne s'interrompront pas", a-t-il affirmé sur son compte Twitter après une rencontre avec le ministre libyen de l'Intérieur Abdessalam Achour.

Emmanuel Macron avait proposé samedi d'ouvrir "des centres fermés sur le mode de ce que propose le HCR" avec "des moyens européens", lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Selon l'Elysée, Paris et Madrid proposent d'installer ces centres essentiellement en Italie, mais aussi en Espagne. La France ne serait pas concernée.

Dans les centres proposés, "la pré-instruction pourrait être menée par les différents offices nationaux, sur le modèle de ce qui se passe à Valence" (Espagne), où l'Ofpra a envoyé une mission pour entendre les réfugiés du navire Aquarius souhaitant venir en France, a ajouté M. Brice.

Il faudrait, aussi, trouver un moyen efficace de reconduire les déboutés -- tâche complexe alors que les pays d'origine renâclent souvent à reprendre leurs ressortissants.

Aux termes du droit d'asile, seules passeraient ce tri les personnes fuyant des guerres ou des persécutions. Mais "on pourrait ajouter de la protection humanitaire, qui pourrait concerner par exemple des femmes d'Afrique de l'Ouest pas en danger dans leur pays mais qui ont subi des viols sur la route migratoire", a avancé le chef de l'Ofpra, précisant que cette "protection humanitaire" existait déjà dans certains pays.

Avec ces centres, "l'idée est d'instruire les demandes au point d'arrivée" en Europe, a souligné M. Brice.

Il a d'ailleurs mis en garde contre la tentation "d'externaliser le traitement de la demande d'asile vers des pays tiers, ce qui à terme signifierait la mort du droit d'asile".

De ce point de vue, les "plateformes de débarquement" des migrants secourus en mer, "si elles impliquent un transfert de compétences de l'instruction à des pays tiers, poseraient une vraie difficulté, notamment au regard du droit constitutionnel", a-t-il expliqué. La création de telles plateformes, qui pourraient être mises en place notamment en Afrique du Nord, fait partie des idées actuellement évoquées au niveau européen.

"Mais si elles permettent d'amplifier les missions du type de celles menées par l'Ofpra pour réinstaller des réfugiés" sur le sol européen, "il faut les encourager", a assuré M. Brice.

La France s'est engagée à aller chercher 3.000 réfugiés au Tchad et au Niger, dans des camps du HCR, pour leur éviter la traversée à hauts risques de la Méditerranée.

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