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Miro au Grand Palais: une certaine idée de la modernité

Le bleu était la couleur de ses rêves: 35 ans après sa disparition, Miro, grand maître catalan de l'art moderne, est de retour au Grand Palais à Paris, à l'occasion d'une rétrospective retraçant 70 ans de création et de pure poésie.

Jusqu'au 4 février, quelque 150 œuvres emblématiques (peintures, dessins, céramiques et sculptures) dont certaines inédites en France, prêtées par de grands musées européens et américains, invitent à un voyage inédit dans l’œuvre faussement enfantine du peintre fasciné par le subconscient et adepte d'un style à la fois onirique et épuré.

"A travers la peinture, le dessin, la céramique et la sculpture, Miro a inventé un nouveau monde. Cette exposition permet de le suivre tout au long de sa vie marquée par une création ininterrompue, en constant renouvellement", souligne à l'AFP Jean-Louis Prat, commissaire de cette rétrospective présentée sur deux niveaux du Grand Palais, 44 ans après une première exposition qui avait attiré les foules sous les mêmes cimaises.

Accueillant le visiteur au milieu des œuvres de jeunesse du "fauve catalan", le Grand Palais souhaite donner à l’œuvre singulière de Miro toute la place qui lui revient dans la modernité.

"Miro disait toujours qu'il rêvait non pas la nuit, mais qu'il rêvait en travaillant. Et il nous a permis de rêver avec lui en inventant un monde qui est absolument unique", explique Jean-Louis Prat, historien de l'art qui a été membre du comité Joan Miro et ami avec l'artiste.

Pour Joan Punyet Miro, son petit-fils, le maître a "fait beaucoup pour changer l'histoire du XXe siècle de la peinture" avec ses compatriotes Picasso et Dali.

"Après la mort de Picasso, Miro est devenu l'artiste le plus important du monde. En Espagne, il a beaucoup aidé à transformer le pays au point de vue culturel et l'aider à être ouvert au monde", ajoute-t-il.

- Apparente simplicité -

"Les gens comprendront de mieux en mieux que j'ouvrais des portes sur un autre avenir, contre toutes les idées fausses, tous les fanatismes", a confié un jour le peintre en évoquant son œuvre.

Même s'il a largement contribué au mouvement surréaliste aux côtés notamment d'André Breton, l'Espagnol a toujours refusé cette seule étiquette qui lui a pourtant permis de se débarrasser des carcans académiques.

Signes cabalistiques, traits fragiles, traces de doigts, formes simples très colorées... le style Miro semble marqué par une apparente simplicité de moyens.

"Miro a su créer un alphabet qu'on ne connaissait pas en peinture. C'est un langage qui n'est ni figuratif, ni abstrait. En 70 ans de création, il a conservé toute sa force et sa fraîcheur d'esprit inégalée", souligne Jean-Louis Prat.

"Partager les rêves de Miro, c'est partager un espoir: croire qu'il y a toujours quelque chose d'intéressant par rapport au temps où l'on vit", ajoute le commissaire de la rétrospective avec en point d'orgue le triptyque des "Bleus" de 1961.

Le Grand Palais a réuni aussi de nombreuses céramiques de Miro, autre facette de cet artiste complet. Aux vases, aux plats et aux nombreuses plaques rectangulaires réalisées entre 1944 et 1946, succèdera en 1953 l'exceptionnelle série des "Terres de grand feu".

A la fin de sa vie, Miro a été plus que jamais animé par le goût de la provocation: il trempe ses doigts dans la couleur et peint avec ses poings, dans une puissance primitive.

Pour Jean-Louis Prat, "Miro ne cherchait pas à nous surprendre, mais à se surprendre".

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