Mondial-2018: Hierro, semaine plombée et nerfs d'acier

Mondial-2018: Hierro, semaine plombée et nerfs d'acier
Le sélectionneur de l'Espagne Fernando Hierro lors du match contre le Portugal au Mondial, le 15 juin 2018 à SotchiPIERRE-PHILIPPE MARCOU

Fernando Hierro, l'homme de fer: l'inexpérimenté sélectionneur espagnol, contraint d'aller au feu sans préparation, a montré de quel métal il était fait vendredi face au Portugal (3-3) après une folle semaine où sa vie a basculé. Peut-il rêver d'un destin doré ?

- Forgé dans la difficulté -

Quand il a atterri en Russie le 7 juin, Hierro n'était qu'un membre parmi d'autres de la délégation espagnole, un directeur sportif détendu qui accordait volontiers des interviews et répétait sa confiance en son sélectionneur et ami Julen Lopetegui.

Et puis, en l'espace de 48 heures, cet ancien joueur dont l'expérience de technicien se limitait à une quarantaine de rencontres de 2e division espagnole a été bombardé sélectionneur, après le psychodrame de la nomination de Lopetegui au Real Madrid.

Cela en aurait déstabilisé plus d'un et Hierro a pu ressentir un cas de conscience, étant lui-même un homme du Real, ancien défenseur et capitaine merengue. De plus, l'Andalou a pu se sentir légitimement trahi par Julen, avec qui il a eu une explication animée captée par la télévision espagnole.

Mais l'homme dont le nom de famille signifie "fer", a montré des nerfs d'acier: il a accepté le défi pour ne pas "décevoir" ces joueurs qu'il supervisait comme directeur sportif au moment du titre planétaire de 2010.

"Dans la vie, nous ne savons jamais de quoi sera fait notre futur et ce qu'il nous réserve. Je ne m'attendais pas à être ici devant vous", a-t-il reconnu dans un sourire vendredi après des débuts réussis sur le banc.

Sa Roja s'est montrée séduisante, étirant à 21 matchs sa série d'invincibilité, dans un scénario aussi fou que la semaine écoulée. Menés deux fois au score, les Espagnols ont trouvé les ressources morales pour prendre l'avantage 3-2 avant de laisser échapper la victoire à cause d'un triplé stratosphérique de Cristiano Ronaldo.

"L'Espagne de Hierro est d'acier", a résumé le quotidien espagnol Marca. "C'était un capitaine sur le bord de la touche. Le sélectionneur a vécu de manière très intense ses débuts sur le banc de la Roja, donnant des instructions sans arrêt", poursuit le journal.

- Nickel à tous les niveaux -

Pour une première, Hierro a réussi un sans-faute dans sa communication et ses choix.

Il a d'abord opté pour maintenir le onze-type émergé sous Lopetegui, avec Diego Costa en pointe malgré la supposée incompatibilité de l'Hispano-Brésilien avec le jeu de passes espagnol. Résultat, un doublé et un sens du combat qui élargissent la palette de l'équipe.

"Sincèrement, les choses n'ont pas beaucoup changé", a commenté samedi le défenseur Nacho en conférence de presse. "Avant, Fernando était déjà très proche du groupe, il suivait les entraînements et la manière de travailler. Comme il l'a dit, nous n'allons pas devenir fous. Cela fait deux ans que nous préparons ce Mondial d'une certaine manière et il faut continuer comme ça", a-t-il ajouté.

Petit bémol, ses remplacements (Thiago, Lucas Vazquez, Aspas) n'ont pas permis de tuer le match.

Mais il a joué son rôle en réaffirmant sa confiance envers le gardien David de Gea, coupable d'une nouvelle faute de main après celle contre la Suisse en préparation (1-1). "C'est humain. Nous ne doutons pas de nos joueurs, nous sommes une famille", a lancé Hierro.

- Profession chercheur d'or -

Favorite avant le Mondial, au fond du gouffre mercredi, et à nouveau favorite ? L'Espagne a en tout cas "récupéré son crédit et sa sérénité" vendredi, comme l'a résumé le journal As.

Il y aura des jours plus difficiles mais Hierro se veut ambitieux pour la suite de la compétition.

"La réaction de chacun a été fantastique et il faut les en remercier parce que les circonstances n'étaient pas faciles, a-t-il dit. Nous savons ce que nous voulons. J'espère que nous resterons en course le plus longtemps possible."

Jusqu'au trophée doré de champions du monde ? La confiance retrouvée peut en tout cas permettre à la Roja d'aborder plus sereinement son deuxième match mercredi contre l'Iran, leader du groupe B.

"Nous avons fait face contre un adversaire comme le Portugal, après une semaine compliquée. Je peux vous assurer que nous croyons en nous-mêmes", a conclu Nacho. Et ils y croient dur comme fer.

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