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Oliver Letwin, le député qui a arraché le Brexit des mains de Theresa May

BREXIT

C'est un député conservateur discret, Oliver Letwin, qui a secoué la politique britannique en permettant au Parlement d'arracher des mains de la Première ministre Theresa May le contrôle sur le processus qui doit faire quitter l'Union européenne à son pays.

Cet élu de 62 ans, considéré comme un intellectuel, a passé la majeure partie de sa carrière parlementaire dans l'ombre. Avant de tenter un coup brillant.

Dans une Chambre des communes qui ne s'entendait sur rien dès qu'elle parlait de Brexit, il a déposé lundi un amendement qui permettait aux députés de prendre l'initiative à la place de l'exécutif. Et une majorité de ses collègues l'ont vite approuvé.

Cette mesure inédite va permettre de tester le soutien à différents scénarios, comme par exemple de garder des liens étroits avec les 27. "L'une des choses que nous devrons tous faire est de chercher un compromis", affirme-t-il.

Au gouvernement, on enrage. L'amendement Letwin "met fin à l'équilibre entre nos institutions démocratiques et instaure un précédent dangereux, aux conséquences imprévisibles pour l'avenir", d'après un porte-parole du ministère du Brexit.

Fils de deux universitaires juifs américains installés en Grande-Bretagne, ce politicien est issu de l'élite de l'enseignement britannique: Eton, Cambridge et la London Business School.

Membre du cabinet de la Première ministre Margaret Thatcher de 1983 et 1986, il écrivait dans une note en 1985, en réaction à une émeute dans un quartier défavorisé de Londres, que des projets pour soutenir des entrepreneurs noirs aboutiraient à alimenter "le business des discothèques et de la drogue". Quand cet écrit est ressorti 30 ans plus tard, il avait immédiatement présenté des excuses, trouvant ses mots "mal choisis et condamnables".

- Des gaffes -

Après avoir travaillé pour la banque d'affaires NM Rothschild, il s'était fait élire député dans une circonscription facile pour les Tories, dans le Dorset (sud-ouest), en 1997. Il a conservé son siège depuis.

Il est connu pour son libéralisme économique. Porte-parole sur les affaires budgétaires lors de la campagne des législatives de 2001, il se disait à titre personnel favorable à une baisse de l'imposition de 20 milliards de livres par an, alors que son parti promettait 8 milliards seulement.

Il a aussi été moqué pour des maladresses, comme quand en 2002, alors qu'il était chargé de l'Intérieur dans le gouvernement "fantôme" (d'opposition), il avait ouvert la porte de son domicile au petit matin à deux hommes qui disaient vouloir aller aux toilettes, mais qui lui avaient dérobé des bijoux et autres objets.

L'année suivante, il avait déclaré qu'il préférait "donner [son] bras droit", voire "aller dans la rue et mendier" pour pouvoir envoyer ses deux enfants dans une école privée plutôt que de les inscrire dans le public.

Proche de David Cameron, il avait participé en 2010 aux négociations pour constituer un gouvernement de coalition entre conservateurs et libéraux-démocrates. Le Premier ministre l'avait récompensé en créant pour lui le poste de ministre de la Politique gouvernementale. Dans les faits, Oliver Letwin était l'homme chargé de résoudre nombre de problèmes.

Mais les gaffes avaient continué: en 2011, il était surpris par un photojournaliste en train de jeter dans une poubelle d'un parc de Londres des documents confidentiels sur l'antiterrorisme. Là encore, il s'était excusé.

Eurosceptique, il soutenait comme M. Cameron le maintien du Royaume-Uni dans l'UE lors du référendum de 2016. La victoire de ses adversaires l'avait donc rejeté dans un certain anonymat.

Mais ce négociateur rodé est maintenant de retour en grâce, ses collègues le voyant comme celui qui, à la place de Mme May et de ses ministres, doit faire sortir le Brexit de l'ornière.

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