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Pour 2020, la France entre relance budgétaire et exigences européennes

Pour 2020, la France entre relance budgétaire et exigences européennes
Gerald Darmanin, ministre de l'Action et des comptes publics, le 25 septembre 2019 devant Bercy à ParisERIC PIERMONT

Un déficit public qui repasse sous la barre des 3% du PIB, des baisses d'impôts pour soutenir une croissance en berne et une dette qui ne diminue pas: le projet de budget français pour 2020 se fraye son chemin entre relance et règles européennes.

Attendu au-dessus de la fameuse barre des 3% cette année, le déficit budgétaire français devrait revenir dans les clous l'an prochain à 2,2% du PIB, un recul dû essentiellement à la bascule du CICE (Crédit d'impôt compétitivité emploi) en allègement de charges définitif pour les entreprises.

Cette mesure a coûté cette année 20 milliards d'euros aux finances publiques, soit l'équivalent de 0,9 point de déficit, auxquels se sont ajoutées les mesures de soutien du pouvoir d'achat pour apaiser la grogne des gilets jaunes.

Même si la France devrait être le seul pays de la zone euro à dépasser la barre des 3% cette année, alors que l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore le Portugal dégageront sans doute des excédents, Bruxelles a fermé les yeux en reconnaissant que la mesure était exceptionnelle.

Malgré le recul du déficit, la préparation du budget 2020 s'est avérée être un casse-tête pour le gouvernement français qui fait face à un ralentissement de la croissance. Celle-ci devrait atteindre 1,3% l'an prochain contre 1,4% cette année, loin des 2,3% de 2017.

Dans l'étroite marge de manœuvre que lui concèdent les règles de la zone euro, l'exécutif a choisi de réduire de 5 milliards d'euros les recettes de l'impôt sur le revenu pour les ménages, de réindexer sur l'inflation une partie des retraites, pour un coût de 1,5 milliard d'euros, et de poursuivre la baisse de la taxe d'habitation.

- Relance 'à crédit' ? -

"Une relance budgétaire à crédit", s'est agacé le député Charles de Courson (Les Centristes), un fervent partisan de la réduction de la dépense publique, qui dénonce le fait que le taux d'endettement de la France restera encore proche de 100% du Produit intérieur brut (PIB) à 98,7%, contre 98,8% cette année.

A ses yeux, le gouvernement ne fait donc pas d'effort pour réduire son endettement à 60% du PIB, comme l'exigent aussi les normes de la zone euro, dont elle est l'un des pays les plus endettés, après l'Italie qui a eu maille à partir avec Bruxelles à ce sujet.

"Le gouvernement à la suite du mouvement des gilets jaunes a abandonné toute sa stratégie de réduction du déficit structurel de la France. On a ouvert les vannes budgétaires et maintenant on baisse les impôts", a-t-il affirmé à l'AFP, regrettant que la France donne à nouveau l'impression à ses partenaires européens "qu'on ne peut pas avoir confiance en elle".

Un point de vue que ne partage pas l'économiste Philippe Waechter, directeur de la recherche à Ostrum Asset Management: "Nous avons une économie européenne qui ralentit assez vite et ce n'est pas en étant plus rigoureux que l'on va inverser la tendance", a-t-il affirmé à l'AFP.

"Il ne faudrait pas retomber dans les mêmes travers qu'en 2011", a-t-il prévenu, en allusion à la crise financière qui a secoué l'Europe dans les années qui ont suivi la faillite de Lehman Brothers.

"A l'époque, on disait que l'environnement n'était pas bon, mais que si on était rigoureux, ça marcherait. Cela n'a pas fonctionné, car nous avons eu six trimestres de récession, alors que les Etats-Unis, qui n'ont pas adopté la même stratégie, s'en sont sortis bien mieux que nous", a-t-il expliqué.

Ce débat sur le besoin de relancer la croissance en zone euro a d'ailleurs dépassé les frontières de l'Hexagone. Du FMI à l'OCDE, en passant par la Commission européenne, les appels se sont multipliés pour que Berlin utilise ses excédents pour investir davantage à un moment où elle risque d'entrer en récession technique.

"L'objectif c'est qu'il y ait à l'échelon européen quelque chose de plus volontariste pour que collectivement nous puissions faire face à un environnement international qui se dégrade", a ajouté M. Waechter, en allusion à la guerre commerciale entre Washington et Pékin, mais aussi au rebond du prix du pétrole et au ralentissement de la croissance chinoise.

"La France, peut-être contrainte et forcée (par les gilets jaunes), a pris le bon wagon de la politique économique", a-t-il estimé.

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