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Procès Lionnet: la victime a été frappée peu avant sa mort, selon l'accusé

Procès Lionnet: la victime a été frappée peu avant sa mort, selon l'accusé
Catherine Devallonne (g), la mère de Sophie Lionnet, et son époux Stéphane Devallonne, le 16 avril 2018 à leur arrivée devant un tribunal de Londres où sont jugés les meurtriers présumés de SophieTolga AKMEN

Sabrina Kouider a frappé Sophie Lionnet quelques jours avant sa mort en septembre 2017, a raconté mardi son compagnon, accusé d'avoir tué avec elle la jeune fille au pair française qu'ils employaient à Londres.

Le Français Ouissem Medouni, 40 ans, dormait dans son logement du sud-ouest londonien un matin, "peut-être le mercredi" 13 septembre, quand il a été réveillé par des cris de Sophie.

"Elle était assise dans un coin de la cuisine et Sabrina la frappait avec un câble électrique", a-t-il dit devant la cour criminelle de l'Old Bailey, vêtu d'un costume bleu marine.

Il a stoppé sa compagne de 35 ans, la qualifiant de "folle", et conduit la fille au pair de 21 ans jusqu'à la chambre des enfants où elle avait son lit: "Elle n'allait pas bien".

Sabrina Kouider était persuadée que la victime avait comploté avec le père d'un de ses deux enfants pour droguer et abuser sexuellement des membres de la famille.

Ouissem Medouni a expliqué mardi avoir fini par croire à ces accusations portées par sa compagne, qu'il avait dans un premier temps tenté de tempérer lors d'interrogatoires que le couple faisait subir à la victime pour tenter de la faire avouer.

Ce matin-là, pensant avoir réussi à calmer Sabrina, il est sorti prendre un café dans un parc tout proche. "J'avais besoin de prendre l'air et de sortir de cette maison de fous. C'en était trop".

Il reçoit alors un coup de fil de Sabrina Kouider, paniquée et en pleurs. "J'ai couru aussi vite que je pouvais parce que je pensais au pire, qu'elle était morte", a-t-il témoigné en évoquant Sophie Lionnet.

A son arrivée, la jeune fille était allongée sur le dos en sous-vêtements, dans une baignoire remplie d'eau. Consciente et les yeux "ouverts", elle avait "de gros bleus" sur "les jambes, les bras, la poitrine, pas le visage".

- "Elle ne lâche pas" -

"Elle marchait avec difficulté" quand ils l'ont sortie du bain, mais l'accusé n'a pas appelé de médecin de peur que sa compagne perde la garde des enfants nés de relations avec deux autres hommes. "Quand j'y repense, c'est là que j'aurais vraiment dû faire quelque chose", a-t-il concédé.

Après ces violences, les interrogatoires ont repris le dimanche 17 septembre, selon M. Medouni. "Quand elle a quelque chose en tête, elle ne lâche pas", a-t-il dit à propos de Sabrina Kouider.

Trois jours plus tard, le 20 septembre, les pompiers, alertés par des voisins intrigués par une importante fumée et une "horrible" odeur, avaient retrouvé le cadavre carbonisé de Sophie Lionnet dans le jardin du couple de Français.

Son corps présentait de multiples fractures au sternum, aux côtes et à la mâchoire mais la cause exacte de la mort n'a pas pu être déterminée.

Ouissem Medouni a affirmé que Sophie était libre de ses mouvements. Elle était même "restée seule à la maison" durant une courte escapade familiale début septembre. "Elle avait la clé", a-t-il assuré.

Selon l'accusation, la jeune fille originaire de Troyes (sud-est de Paris) avait vécu un calvaire durant les vingt mois qui ont précédé sa mort, passés au service du couple.

Elle avait à de nombreuses reprises exprimé auprès de ses employeurs et de sa mère son souhait de rentrer en France, mais n'avait pu le faire faute d'argent - elle n'était plus payée à la fin.

Lundi, lors du premier jour de son audition, Ouissem Medouni avait exprimé des remords de ne pas l'avoir renvoyée chez elle après une première agression physique en juillet 2017 par sa compagne, décrite comme dominante et instable.

Les deux accusés plaident non coupables pour le chef d'accusation de meurtre. Ils ont en revanche plaidé coupables d'entrave à la justice pour avoir tenté de se "débarrasser" du corps "en le brûlant".

Le procès doit se poursuivre jusqu'au 11 mai.

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