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Quadras et ventrus, ces pionniers de la natation synchronisée masculine

Les quadras revenus de tout, ventrus et mal rasés du "Grand Bain", ce sont eux: un groupe de copains de Stockholm, pionniers de la natation synchronisée pour hommes et par équipe, qui font des ronds dans l'eau au mépris des préjugés.

Ce soir de mai dans un bassin irisé par la lumière du jour tombant, 18 nageurs amateurs multiplient les figures gymniques sous la direction faussement autoritaire de leur coach.

Derniers réglages avant le départ pour Ibiza où la fine fleur de la natation synchronisée masculine dispute du 24 au 26 mai la Men's Cup.

Médecin, conducteur de tramway, réalisateur ou prof, Anders, Mika, Elric et les autres ont en commun leur âge - plus de 40 ans -, leur modeste condition physique - plusieurs sont fumeurs, beaucoup sont ventripotents, le cheveu rare, poivre et sel - et leur savoir-vivre.

Car du savoir-vivre il en faut à ce curieux aréopage en maillot de bain pour sacrifier au collectif les velléités d'artistes.

"Nous sommes comme un groupe de rock, avec les frictions et l'énergie que génère la promiscuité", explique à l'AFP Sam Victorin, membre actif et co-fondateur en 2003 de l'équipe Stockholm Simkonst Herr (Natation synchronisée masculine de Stockholm, en suédois).

Leur philosophie? "S'amuser, mais avec sérieux". "Certains pensaient, quand on a commencé, que nous voulions ridiculiser cette discipline, mais c'était tout le contraire".

Elric Sauze, un Français installé en Suède depuis sept ans, a rejoint la formation en raison de son goût pour la danse et la nage.

Des préjugés envers un sport exclusivement féminin, associé aux tenues pailletées des ballerines aquatiques, ce Breton charpenté, conservateur dans une galerie de design, n'en avait cure.

"Il n'y pas de sport pour les homos, pas de sport pour les hétéros", dit-il.

Ancienne pratiquante dans sa ville de Barcelone, leur coach vante "la force et le souffle" de ses athlètes, indispensables pour les figures réalisées en apnée.

"Le seul problème c'est qu'ils adorent bavarder, ils ont du mal à se concentrer", plaisante Claudia Arasa, doctorante en immunologie à Stockholm.

"On aime aussi les troisièmes mi-temps", ajoute Elric Sauze.

L'équipe suédoise a inspiré plusieurs documentaires et films de fiction, dont "Le Grand Bain", comédie sociale à succès de Gilles Lellouche.

Les Johnny Weissmuller du petit bassin espèrent voir un jour leur discipline - devenue "natation artistique" en 2017 - représentée aux jeux Olympiques, comme c'est le cas aux championnats d'Europe et du monde (et encore, seulement en double mixte).

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