Roumanie: levée du contrôle judiciaire pour la magistrate Laura Kovesi

(Belga) La Haute cour de justice roumaine a levé mercredi le contrôle judiciaire visant la magistrate Laura Codruta Kovesi, accusée de faits présumés de corruption alors qu'elle figure parmi les favoris pour diriger le futur parquet européen, a annoncé l'intéressée.

"Le contrôle judiciaire a été levé, je peux désormais quitter le pays" pour défendre ma candidature à Bruxelles, s'est félicitée l'ancienne patronne du Parquet national anticorruption au sortir de la Cour de Bucarest. Symbole de la lutte anticorruption pour une partie des Roumains, Mme Kovesi est en butte à l'hostilité du gouvernement social-démocrate pour ses enquêtes ayant abouti à la condamnation de dizaines d'élus locaux et nationaux. La semaine dernière, elle avait été inculpée et placée sous contrôle judiciaire pour 60 jours par une juridiction disciplinaire récemment créée, qui lui avait notamment interdit de quitter la Roumanie à moins d'obtenir l'accord des procureurs. La magistrate avait fait appel de ces restrictions, les jugeant "illégales", et dénoncé une "campagne d'intimidation" visant à l'empêcher d'accéder à la tête du parquet européen, qui devrait être mis en place avant la fin 2020. Mme Kovesi est accusée d'avoir demandé en 2011 à un homme d'affaires de cofinancer l'extradition depuis l'Indonésie d'un ressortissant roumain, une irrégularité qu'elle récuse. La magistrate roumaine a reçu mercredi le soutien appuyé du vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. Il a salué une "juriste de très très haute qualité (et) son courage". "Il est important qu'elle puisse présenter sa candidature, (...) pour que les institutions européennes puissent prendre une décision en pleine connaissance des positions des candidats", a-t-il dit. Mme Kovesi, 45 ans, est en compétition pour ce nouveau poste avec un magistrat français, Jean-François Bohnert. Le président du Parlement européen Antonio Tajani a souligné que Mme Kovesi bénéficiait de la "confiance" et du "soutien" des députés européens et appelé les autorités roumaines à ne pas "mettre d'obstacles" à sa participation à la procédure de sélection. Le ministre roumain de la Justice Tudorel Toader a qualifié d'"immixtion" les prises de position des responsables européens, assurant que "personne, de l'intérieur ou de l'extérieur du pays, ne peut demander qu'une enquête soit ouverte ou fermée". La Commission européenne a adressé mercredi un sévère avertissement à la Roumanie sur sa réforme controversée du système judiciaire, qui selon elle risque de saper la lutte contre la corruption. (Belga)

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