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Russie: cinq ans de prison pour un tweet visant les enfants de policiers

Russie: cinq ans de prison pour un tweet visant les enfants de policiers
Un blogueur russe condamné à cinq ans de prison pour un tweet dans lequel il suggérait de s'en prendre aux enfants des policiers après les manifestations de l'opposition sévèrement réprimées à MoscouAlastair Pike
Internet, Russie

Un tribunal russe a condamné mardi un blogueur à cinq ans de prison pour un tweet dans lequel il suggérait de s'en prendre aux enfants des policiers après les manifestations de l'opposition sévèrement réprimées à Moscou.

"Le tribunal a reconnu Vladislav Sinitsa coupable et lui inflige une peine de cinq ans de prison", a indiqué le juge qui l'a condamné pour "incitation à la haine" envers les policiers en vertu d'une loi critiquée visant à lutter contre "l'extrémisme".

Selon le Comité d'enquête, le blogueur avait posté un tweet le 31 juillet sous le pseudonyme "Max Steklov" dans lequel il appelait "un grand nombre de personnes à des actes illégaux de nature violente envers les enfants des forces de l'ordre". Il avait été placé en détention le 5 août.

Le tweet en question, selon la chaîne d'opposition Dojd, appelait à "étudier la géolocalisation" des photos de famille des policiers sur internet. "Puis, un jour, l'enfant du vaillant défenseur de l'ordre ne rentre pas de l'école. Et à la place, on reçoit par la poste un CD avec une vidéo +snuff movie+ dessus".

Un "snuff movie" contient des images de meurtre ou violences extrêmes, possiblement réels, sur des personnes.

Le jeune blogueur, originaire de la région de Moscou, a qualifié ses propos comme "un peu violents et pas éthiques" mais s'est défendu de tout appel à des actes réels. Il a affirmé qu'ils ont été sortis de leur contexte.

- "Sévérité sans précédent" -

"Je considère cette décision d'une sévérité sans précédent", a réagi son avocat, Denis Tikhonov, auprès de l'AFP. Il a affirmé que son client fera appel et déposera une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

Ce message réagissait à la répression par la police des manifestations qui ont eu lieu quasiment chaque week-end à Moscou depuis la mi-juillet pour protester contre l'éviction de candidats de l'opposition à l'élection du Parlement de Moscou, prévue pour le 8 septembre.

Ce mouvement de contestation, le plus important depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012, a donné lieu à près de 2.700 arrestations et à l'ouverture de plusieurs procès pour "troubles massifs" et "violences à l'encontre des forces de l'ordre". La plupart des meneurs de l'opposition ont, eux, enchaîné de courtes peines de prison pour leurs appels à manifester.

Le principal opposant au Kremlin Alexeï Navalny a qualifié le tweet en question de "stupide" mais a souligné qu'il recevait des messages semblables le visant "30 fois par jour".

"Mais ils ont condamné Sinitsa pour un tweet stupide à CINQ ANS DE PRISON. Notre gouvernement est cannibale et idiot", a-t-il affirmé sur Twitter.

Ces dernières années, la justice russe a procédé à des dizaines de condamnations en se basant sur les lois visant à lutter contre l'extrémisme pour ce que beaucoup considèrent comme des blagues inoffensives sur internet.

Les militants de l'opposition dénoncent pour leur part une volonté délibérée du Kremlin visant à forcer les Russes à y réfléchir à deux fois avant d'afficher leur opinion sur les réseaux sociaux, l'un des derniers espaces où les critiques des autorités ne sont en général pas sévèrement réprimées.

Selon l'organisation indépendante Agora, une vingtaines de personnes ont été condamnées pour des publications sur internet en Russie en 2018, et 43 l'année précédente.

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