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L'opposant russe Navalny renvoyé en prison en pleine grogne électorale

L'opposant russe Navalny renvoyé en prison en pleine grogne électorale
L'opposant russe Alexeï Navalny lors d'une manifestation à Moscou le 20 juillet 2019 Maxim ZMEYEV

L'opposant russe Alexeï Navalny a été condamné à 30 jours de prison mercredi pour des appels à manifester, en pleine montée de la contestation due au rejet des candidatures de l'opposition aux élections locales de septembre.

Un rassemblement d'une ampleur inédite depuis plusieurs années a eu lieu dimanche et l'opposition, M. Navalny en tête, a appelé à manifester de nouveau devant la mairie de Moscou samedi, faisant monter la tension à l'approche de ces scrutins qui s'annoncent difficiles pour les candidats soutenant le Kremlin.

Cette protestation, non autorisée, se déroulera sans ce militant anticorruption de 43 ans, appréhendé mercredi matin au moment où il sortait faire un jogging et acheter des fleurs pour l'anniversaire de sa femme. "Les gens ont raison quand ils disent que le sport n'est pas toujours bon pour la santé", a ironisé M. Navalny.

Il a été condamné dans la soirée à 30 jours de détention, la peine maximale, pour "infraction répétée aux règles d'organisation des manifestations", qui obligent à obtenir l'aval des autorités avant toute action de ce type.

"30 jours de détention. Voilà ce que je veux dire: sortez dans la rue samedi (...) Tant que nous n'avons pas le droit de vote, nous sommes tous de toute façon en détention", a réagi M. Navalny sur Twitter.

L'opposition a annoncé dans la foulée que des perquisitions se déroulaient chez plusieurs de ses candidats refoulés aux élections, dont Ivan Jdanov, proche collaborateur de M. Navalny, et chez l'opposant de premier plan Dmitri Goudkov. La justice russe a lancé mercredi une enquête pour "entrave au travail de la Commission électorale", en raison d'une récente protestation devant son siège à Moscou.

"J'espère seulement que l'arrestation grossière de Navalny va mobiliser les citoyens", a lancé l'opposant Ilia Iachine après l'interpellation de son allié, assurant qu'elle n'aurait "aucune influence" sur les plans de l'opposition. Le bras droit de M. Navalny, Leonid Volkov, a estimé que les autorités étaient "mortes de peur".

Un autre collaborateur de l'opposant, Oleg Stepanov, a également été interpellé mercredi et condamné à 8 jours de détention.

Ne pouvant être lui-même candidat car déclaré inéligible pour des condamnations qu'il dénonce comme politiques, Alexeï Navalny a organisé ces dernières années les plus importantes manifestations contre le président Vladimir Poutine, ce qui lui a régulièrement valu des condamnations à de courtes peines.

Dernier exemple en date, le militant a passé début juillet dix jours en détention pour avoir participé à une marche de soutien au journaliste d'investigation Ivan Golounov, accusé de trafic de drogue puis disculpé après une mobilisation sans précédent.

- Manifestation samedi -

Exceptionnellement élevée après l'annexion de la Crimée, la popularité du président russe a chuté depuis sa réélection pour un quatrième mandat l'année dernière et les scrutins de début septembre s'annoncent difficiles pour les candidats partisans du pouvoir.

L'exclusion des candidats de l'opposition a soulevé une vague de contestation marquée dimanche dernier par une manifestation à laquelle ont pris part 22.000 personnes, du jamais vu, selon l'opposition, depuis les mouvements de protestation de 2012 et 2011 contre le retour à la présidence de Vladimir Poutine.

Plusieurs rassemblements pacifiques, dont un sit-in dispersé par la police, avaient également eu lieu mi-juillet devant le siège de la Commission électorale moscovite, qualifié par les autorités de "pressions" et de "menaces de violences" à l'encontre de cette instance.

L'enregistrement d'une soixantaine de candidats aux élections locales de Moscou a été rejeté la semaine dernière, officiellement en raison de vices dans la collecte des signatures de soutien dont ils ont besoin pour se présenter.

Ces candidats dénoncent des irrégularités fabriquées de toutes pièces et accusent le maire loyal au pouvoir, Sergueï Sobianine, de vouloir étouffer l'opposition. Mardi soir, une rencontre infructueuse a eu lieu entre des candidats et la cheffe de la Commission électorale russe.

En vertu de la loi, les candidats indépendants étaient censés obtenir les signatures d'au moins 3% de leurs électeurs potentiels dans chacun des 45 districts de Moscou, soit d'entre 4.500 et 5.000 personnes, pour avoir le droit de concourir.

Privée de participation à des scrutins plus importants comme la présidentielle, l'opposition s'est fortement mobilisée pour ces élections à Moscou, espérant ainsi avoir son mot à dire dans la gestion du budget faramineux de la capitale russe.

Des candidats de l'opposition ont également vu leurs candidatures rejetées dans d'autres grandes villes comme Saint-Pétersbourg, où une manifestation a réuni environ 3.000 personnes mercredi soir.

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