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Pour Theresa May, le rêve d'un rôle historique se brise sur le Brexit

Pour Theresa May, le rêve d'un rôle historique se brise sur le Brexit
Theresa May Valentina BRESCHI
BREXIT

Saluée pour son sérieux à son arrivée, Theresa May espérait laisser une trace dans l'histoire mais part sur une image de perdante, accablée de critiques pour son incapacité à mener à bien le Brexit.

Cette mission appartient désormais à son successeur Boris Johnson, dont "la priorité immédiate sera d'accomplir un Brexit qui fonctionne pour tout le Royaume-Uni", a-t-elle déclaré dans son dernier discours devant Downing Street avant de remettre sa démission à la reine Elizabeth II et de redevenir simple députée.

Pour le quotidien pro-Brexit et pro-Boris The Telegraph, "le mandat du pire Premier ministre britannique d'après-guerre touche à sa fin (...). Elle ne manquera à personne".

Un éditorialiste du Times n'est guère plus indulgent, lui reprochant son "échec lamentable" sur le Brexit et son "manque d'ambition" dans tous les autres domaines.

A son arrivée comme cheffe du gouvernement en juillet 2016, au lendemain du référendum qui a décidé de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, Mme May, 62 ans, bénéficiait pourtant d'une image positive et rassurante.

La fille de pasteur, sans charisme mais à la réputation de bûcheuse, semblait la personne idéale aux yeux des Britanniques pour conduire leur pays, sorti meurtri et divisé de la campagne référendaire, à travers une des périodes les plus délicates de son histoire.

Dans sa première allocution au ton passionné, elle endossait totalement le Brexit, contre lequel elle s'était pourtant positionnée, et promettait de pourfendre les injustices. Trois ans plus tard, et alors que le pays aurait dû sortir de l'UE le 29 mars, le Brexit reste toujours à faire tandis que les inégalités n'ont jamais été aussi flagrantes malgré un chômage au plus bas.

Fin mai, elle a fini par jeter l'éponge, annonçant son prochain départ, face à la décomposition de son gouvernement et aux intrigues pour la déloger au sein de son propre parti.

- "Refus de réalisme" -

Malgré trois votes, Theresa May a été incapable de rassembler une majorité de députés en faveur de l'accord de divorce conclu avec Bruxelles.

Détricoter plus de quarante ans de relation avec l'UE n'avait rien de facile, reconnaît Simon Usherwood, politologue de l'Université de Surrey. Mais Mme May "n'a pas vraiment eu la meilleure approche" en choisissant de ne s'appuyer que sur son parti, en particulier sa branche la plus déterminée à couper tout lien avec l'UE.

Pour Tim Bale, professeur de sciences politiques à l'Université Queen Mary de Londres, elle a péché "par refus de réalisme", en excluant une "approche transpartisane", en particulier après son échec aux élections générales de 2017 qu'elle a convoquées, galvanisée par de bons sondages mais qui lui ont coûté sa majorité absolue. Elle a été dès lors contrainte de s'allier avec le petit parti unioniste ultra-conservateur nord-irlandais DUP, qui a dicté ses exigences sur le Brexit.

Sa tentative tardive de trouver un consensus avec les travaillistes sur le Brexit reste vaine, et les dernières élections européennes voient les conservateurs s'effondrer.

"L'Histoire ne retiendra pas d'elle une image favorable", estime Simon Usherwood.

- Women2Win -

Ce n'est pourtant pas faute d'ambition pour cette femme, mariée, sans enfant, qui derrière sa timidité apparente rêvait dès l'adolescence de devenir la première femme chef de gouvernement du Royaume-Uni.

Margaret Thatcher lui souffle ce titre mais elle devient la première femme secrétaire générale du Parti conservateur de 2002 à 2003. A ce poste, elle s'illustre lors d'un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de "nasty party" ("parti des méchants"). Elle a aussi à son actif la fondation en 2005 de Women2Win, groupe de pression pour obtenir davantage de places éligibles pour les femmes.

Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle hérite du portefeuille de l'Intérieur lorsqu'il arrive à Downing Street en 2010. Elle reste six ans à ce poste exposé, dans lequel elle s'illustre par sa gestion ferme de l'immigration et des coupes budgétaires dans la police.

Et outre son maigre bilan de Première ministre, les éditorialistes lui reprochent son style froid et mécanique, l'affublant du surnom "Maybot", une contraction de "May le robot".

Elle a essayé de casser cette image en esquissant un jour quelques pas de danse sur scène avant un discours, pour le plus grand délice des cruels caricaturistes britanniques.

Seule touche apparente de fantaisie pour cette femme longiligne: des colliers fantaisie et des escarpins à motif léopard.

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